Question : Faut-il opérer les brides hyménéales en cas de cystites post-coïtales récidivantes ? Réponse : Chez des patientes sélectionnées — au moins 3 épisodes annuels confirmés par ECBU, rythme post-coïtal prédominant, échec des mesures préventives et bilan étiologique négatif — la résection chirurgicale des brides hyménéales offre un taux d’amélioration de 83 à 91 % selon le critère retenu, avec environ 4 % de complications et sans dyspareunie rapportée.
Introduction
La cystite est une inflammation de la vessie, le plus souvent d’origine infectieuse. Elle se manifeste par des brûlures mictionnelles, des envies pressantes ou fréquentes, une douleur du bas-ventre et parfois du sang dans les urines. Ces symptômes peuvent exister sans infection bactérienne : c’est l’analyse d’urine et, lorsqu’elle est indiquée, la culture qui permettent de faire la distinction. En pratique, on parle d’infections urinaires récidivantes à partir de deux épisodes en six mois ou trois épisodes en un an. Certaines femmes, particulièrement celles dont la vie sexuelle est active, présentent une cystite dans les 24 à 72 heures suivant un rapport. Ce lien temporel n’implique pas une infection : les frottements et les microtraumatismes peuvent favoriser l’irritation ou la remontée de bactéries vers l’urètre, notamment lorsque la vessie est sensible ou douloureuse à la palpation. La sexualité n’est pas à elle seule l’explication possible : une cystite récidivante peut être liée à plusieurs facteurs qui se combinent — infections documentées, sécheresse vaginale, contraceptifs oraux et spermicides, pilule, douleurs vulvaires, sondes urinaires, variations hormonales, constipation ou diabète.
Dans ce contexte, il existe une cause mécanique peu explorée : l’hymen. Chez certaines femmes, l’hymen forme des brides hyménéales— des bandes de tissu fibreux plus ou moins tendues. Ces brides peuvent être sans conséquence, ou au contraire créer une gêne à l’entrée du vagin et surtout, lorsqu’elles sont tendues, déplacer ou étirer l’orifice urétral lors de la pénétration. Le retentissement fonctionnel se traduit alors par une douleur locale ou un tiraillement. Dans les cystites post-coïtales récidivantes, la persistance de ces brides, entraînant l’ouverture de l’urètre lors des rapports sexuels, constitue un facteur favorisant l’ascension de bactéries uropathogènes. C’est cette hypothèse physiopathologique, encore débattue, que l’étude rapportée ici a cherché à évaluer.
Contexte scientifique et hypothèses actuelles
La prise en charge classique des cystites récidivantes repose sur des mesures hygiéno-diététiques (hydratation abondante, mictions post-coïtales, hygiène adaptée), sur une antibioprophylaxie ou un traitement auto-déclenché, et sur l’identification de facteurs favorisants corrigibles. Cette stratégie, largement codifiée par les recommandations des sociétés d’urologie et d’infectiologie, laisse toutefois un certain nombre de patientes en échec, avec des récidives répétées et une consommation antibiotique prolongée — source d’effets indésirables, de résistances bactériennes et d’altération de la qualité de vie.
La question d’un facteur anatomique local, et singulièrement hyménéal, a été soulevée dès les années 1980 mais reste peu documentée. Les travaux existants sont principalement des séries chirurgicales rétrospectives, de faible effectif, sans groupe contrôle, ce qui explique le caractère prudent des conclusions de la littérature. Il n’existe à ce jour aucune étude randomisée contrôlée comparant la résection chirurgicale des brides hyménéales à la prise en charge médicale classique dans cette indication. La revue de la littérature francophone et anglophone sur le sujet, notamment les travaux publiés dans Progrès en Urologie et les communications des sociétés savantes d’urologie, ne permet pas d’établir un niveau de preuve élevé.
Principe de l’intervention
Réséquer les brides hyménéales de part et d’autre du méat urétral, afin de pédiculiser l’urètre et de faire disparaître, en fin d’intervention, l’ouverture du méat urétral.

Étapes opératoires
- Installation en position gynécologique, sous anesthésie générale ou rachianesthésie. Antisepsie à la bétadine et mise en place des champs stériles. Sondage évacuateur en cas de rachianesthésie.
- Mise en place d’une valve vaginale lestée afin d’ouvrir l’orifice vaginal et de mettre en évidence les brides hyménéales de chaque côté du méat urétral . Cette valve ouvre mécaniquement le méat urétral.
- Mise en place d’un fil de traction sur le méat urétral à 6 heures , puis de deux fils de traction de chaque côté du méat, afin de tendre ces brides, qui sont ensuite sectionnées perpendiculairement aux ciseaux jusqu’à ce que le méat urétral soit pédiculisé.
- Fermeture de l’incision par cinq points de Vicryl rapide 3.0
- L’incision est réalisée successivement du côté droit, puis du côté gauche.
- En fin d’intervention, le méat est pédiculisé et complètement fermé, la valve étant toujours en place.
- Le bain, la natation et les rapports sexuels sont contre-indiqués pendant un mois.

brides hyménéales sectionnées
Matériel et méthodes
Une étude du Dr Descazeaud avait pour objectif d’évaluer rétrospectivement l’intérêt de la résection chirurgicale des brides hyménéales dans le traitement des cystites récidivantes post-coïtales décrite par le Dr Reciziner.
Il s’agissait d’une étude observationnelle monocentrique rétrospective incluant les patientes opérées d’une résection de brides hyménéales pour cystites récidivantes post-coïtales entre janvier 2013 et décembre 2020. L’indication opératoire reposait sur l’association de quatre conditions strictes :
- au moins 3 épisodes de cystites post-coïtales par an, confirmés par examen cytobactériologique des urines (ECBU) ;
- un rythme post-coïtal prédominant, c’est-à-dire une relation temporelle claire entre les rapports et les épisodes infectieux ;
- un échec des règles hygiéno-diététiques préventives et des traitements médicaux conventionnels ;
- un bilan étiologique négatif en dehors de l’existence de brides hyménéales, après élimination des autres causes favorisantes identifiées.
Le recueil comprenait les données d’examen clinique et complémentaire, les antécédents médicaux, chirurgicaux et obstétricaux, l’âge à la chirurgie, le type d’anesthésie, la durée opératoire, les événements indésirables post-opératoires — notamment sexuels et urinaires — ainsi que la durée du suivi.
Les paramètres de suivi étaient le nombre annuel de cystites post-coïtales avant et après l’intervention, et la satisfaction des patientes en lien avec l’intervention, évaluée sur une échelle de 0 à 10. Les ECBU pré- et post-opératoires, réalisés dans les laboratoires hospitaliers et libéraux du territoire, ont été récupérés.
Résultats
Vingt-trois patientes ont été incluses. Les interventions ont été réalisées sous anesthésie générale ou rachidienne, en ambulatoire, sans nécessité de sondage urinaire post-opératoire.
Avec un suivi moyen de 36,5 mois (écart type : 22,3) :
- 21 patientes (91 %) déclaraient une correction des cystites récidivantes post-coïtales ;
- 16 (70 %) présentaient 1 à 2 épisodes annuels de cystite ;
- 19 (83 %) rapportaient une amélioration liée à la chirurgie ;
- la satisfaction moyenne était de 8,5 (écart type : 2,15) sur une échelle de 0 à 10.
Sur les 238 ECBU pré-opératoires, 108 étaient positifs (45 %), dont 74 à E. coli (68 %), 9 à K. pneumoniae (8 %) et 7 à E. faecalis (6 %) — une répartition microbiologique qui correspond au profil habituel des infections urinaires communautaires féminines.
Aucune des 23 patientes n’a présenté de persistance de cystite récidivante documentée après l’intervention : 12 (52 %) ont eu 1 à 2 épisodes documentés annuels et 11 (48 %) n’ont eu aucune récidive documentée.
Trois complications post-opératoires ont été observées : une vulvo-vaginite post-opératoire, un retard de cicatrisation et une pyélonéphrite (4 %). Aucun cas de dyspareunie n’a été rapporté au cours du suivi — un point notable, puisque la crainte d’une dyspareunie post-opératoire est l’un des arguments fréquemment opposés à cette chirurgie.
Discussion
Le taux de succès rapporté — 91 % de correction déclarée, 70 % de patientes à 1–2 épisodes annuels résiduels, 48 % sans aucune récidive documentée et une satisfaction moyenne de 8,5/10 — est élevé pour une chirurgie fonctionnelle peu invasive, réalisée en ambulatoire, sans sondage post-opératoire et sans dyspareunie rapportée.
Il faut toutefois souligner les limites méthodologiques : effectif faible (23 patientes), caractère monocentrique et rétrospectif, absence de groupe contrôle, critère principal partiellement déclaratif (satisfaction sur échelle subjective) et hétérogénéité possible du suivi. Ces limites rendent impossible de conclure à un effet causal entre la résection des brides et la disparition des cystites. Une régression vers la moyenne, un effet placebo chirurgical ou une modification spontanée du comportement sexuel après l’intervention ne peuvent être exclus. Le biais de sélection est également réel : les patientes incluses répondaient à quatre critères stricts, dont l’absence de toute autre cause favorisante identifiée — une population très particulière, non représentative de l’ensemble des cystites récidivantes.
Sur le plan physiopathologique, l’hypothèse mécanique reste plausible : une bride tendue qui modifie l’orientation de l’orifice urétral lors de la pénétration peut favoriser la contamination ascendante par des uropathogènes d’origine digestive, principalement E. coli, dont la prédominance dans les ECBU pré-opératoires constitue un élément indirect de cohérence.
Taux de succès de la section de bride dans cette indication précise : à partir des données rassemblées, le succès — défini comme la correction ou l’amélioration nette des cystites post-coïtales documentées — s’établit autour de 83 à 91 % selon le critère retenu, avec un taux de complications d’environ 4 % et aucune dyspareunie rapportée. Ces chiffres ne doivent pas être lus comme un taux de succès définitif, mais comme les meilleures données disponibles à ce jour.
Conclusion
En cas de cystites récidivantes post-coïtales résistantes aux règles de prévention habituelles, s’accompagnant de brides hyménéales et sans autre cause favorisante identifiée, l’ablation des brides hyménéales constitue une alternative aux antibiothérapies itératives. Avec l’augmentation de l’âge moyen de première grossesse, elle représente une option thérapeutique intéressante, notamment chez les femmes qui souhaitent éviter une exposition antibiotique prolongée avant une future grossesse.
Elle suppose néanmoins une sélection rigoureuse des patientes : confirmation bactériologique des épisodes, rythme post-coïtal prédominant, échec des mesures préventives, bilan étiologique complet négatif. La chirurgie n’est ni un traitement automatique des cystites, ni une indication universelle. Elle doit être précédée d’une information claire sur le niveau de preuve limité, sur les bénéfices observés et sur les risques — hémorragie, infection, retard de cicatrisation, et théoriquement dyspareunie, non observée dans cette série.
Le débat reste donc ouvert. La confirmation de ces résultats nécessiterait une étude prospective multicentrique avec groupe contrôle, un critère de jugement principal objectivé par le nombre d’ECBU positifs documentés, et un suivi standardisé de la fonction sexuelle. En l’absence de telles données, la résection des brides hyménéales garde sa place comme option de dernier recours chez des patientes soigneusement sélectionnées, plutôt que comme standard thérapeutique.





