Chaque été, c’est le même constat dans les services d’urgence : les patients souffrant de coliques néphrétiques affluent. Si vous lisez cet article en pleine canicule avec une petite douleur dans le dos, pas de panique — on va tout vous expliquer, et surtout vous donner les clés pour passer un été serein.
La colique néphrétique : de quoi parle-t-on exactement ?
Commençons par les bases. Un calcul rénal (ou lithiase urinaire), c’est tout simplement une petite « pierre » qui se forme dans vos reins. Ces calculs sont composés de cristaux — le plus souvent d’oxalate de calcium, parfois d’acide urique ou d’autres substances.
Tant qu’ils restent sagement logés dans le rein, ces calculs passent souvent totalement inaperçus. Le problème survient quand ils décident de voyager : en migrant du rein vers la vessie via l’uretère (ce petit canal d’environ 25 cm), ils peuvent se coincer en route. C’est là que les ennuis commencent.
La colique néphrétique, c’est cette douleur intense — souvent décrite comme l’une des plus violentes que l’on puisse ressentir — provoquée par l’obstruction de l’uretère. L’urine ne peut plus s’écouler normalement, la pression monte en amont, et votre corps vous le fait savoir de manière… peu subtile.
Les symptômes classiques
- Douleur lombaire unilatérale : elle part du bas du dos, côté du rein concerné, et irradie vers l’aine, le flanc, parfois jusqu’aux organes génitaux
- Douleur par vagues : elle va et vient, avec des pics d’intensité
- Agitation : impossible de trouver une position confortable, contrairement aux douleurs de dos classiques où l’immobilité soulage
- Nausées et vomissements : fréquents, car les voies urinaires et digestives partagent des connexions nerveuses
- Urines troubles ou sanglantes : le calcul irrite les parois sur son passage
- Envies fréquentes d’uriner : surtout quand le calcul approche de la vessie
Bonne nouvelle : la plupart des calculs de moins de 4-5 mm s’évacuent spontanément. Votre mission, si vous l’acceptez, sera de boire suffisamment et de patienter (avec des antalgiques, on n’est pas des sauvages).
En revanche, les calculs de plus de 5 mm ne s’évacuent pas toujours spontanément. Selon leur taille, leur localisation et leur composition, une intervention peut s’avérer nécessaire pour les fragmenter ou les extraire. Nous y reviendrons plus loin.
Pourquoi l’été est-il la saison des calculs rénaux ?
Vous l’avez peut-être remarqué : on parle rarement de coliques néphrétiques en janvier. Ce n’est pas un hasard. Deux facteurs principaux expliquent cette recrudescence estivale, et ils sont directement liés à nos comportements quand le thermomètre grimpe.
La déshydratation : l’ennemi numéro un
C’est le mécanisme central. Quand il fait chaud, votre corps transpire davantage pour réguler sa température. Cette transpiration vous fait perdre de l’eau — parfois beaucoup plus que vous ne l’imaginez.
Si vous ne compensez pas ces pertes en buvant suffisamment, vos urines deviennent plus concentrées. Imaginez un verre d’eau dans lequel vous dissolvez du sel : si vous retirez progressivement l’eau, le sel finit par cristalliser au fond. C’est exactement ce qui se passe dans vos reins.
Une urine concentrée contient la même quantité de minéraux (calcium, oxalate, acide urique…) mais dans un volume réduit. Ces substances, normalement bien diluées et évacuées sans problème, commencent à précipiter et à former des cristaux. Ces cristaux s’agrègent progressivement pour former des calculs.
Les signes d’alerte de la déshydratation :
- Soif persistante (quand vous avez soif, vous êtes déjà déshydraté)
- Urines foncées (elles devraient être jaune clair, presque transparentes)
- Bouche sèche
- Fatigue inhabituelle
- Crampes musculaires
- Maux de tête
Les excès alimentaires estivaux
Ah, l’été… Les barbecues entre amis, les apéritifs qui s’éternisent, les vacances où l’on se fait plaisir. Je ne vais certainement pas vous interdire de profiter — la vie est faite pour ça. Mais il faut savoir que certaines habitudes alimentaires favorisent la formation de calculs.
Les protéines animales en excès
Steaks, côtelettes, saucisses, brochettes… Le barbecue est un festival de protéines animales. Or, une consommation excessive de viande rouge, de porc ou de volaille augmente l’excrétion urinaire de calcium, d’oxalate et d’acide urique — trois composants majeurs des calculs. Elle diminue aussi l’excrétion de citrate, une substance qui protège justement contre la formation de cristaux.
Le sel : un faux ami
Chips, cacahuètes salées, charcuterie, fromages… Les apéritifs estivaux sont souvent très salés. Problème : le sel augmente l’excrétion urinaire de calcium. Plus vous mangez salé, plus vos reins éliminent de calcium, et plus le risque de calculs calciques augmente.
Les sucres, et notamment le fructose
Sodas, jus de fruits industriels, glaces… Ces plaisirs estivaux sont souvent riches en sucres ajoutés. Le fructose, en particulier (très présent dans les sodas), augmente les niveaux d’acide urique dans le sang. Résultat : davantage de risque de calculs d’acide urique.
L’alcool : double peine
Un petit rosé bien frais ? Une bière glacée ? L’alcool est diurétique : il vous fait uriner davantage, ce qui contribue à la déshydratation. De plus, certaines boissons alcoolisées (notamment la bière) contiennent des purines qui augmentent la production d’acide urique.
Les autres facteurs de risque à connaître
Au-delà de la chaleur et de l’alimentation, d’autres éléments peuvent favoriser l’apparition de calculs rénaux. Les connaître permet de mieux se protéger.
Les voyages prolongés
Rester assis plusieurs heures dans une voiture, un train ou un avion favorise la stagnation urinaire. On boit moins (pour éviter les arrêts pipi…), on transpire dans les habitacles mal climatisés, et on grignote des aliments peu recommandables. Le cocktail parfait pour former des calculs.
L’activité sportive sans hydratation adaptée
Faire du sport en été, c’est excellent pour la santé. Mais attention : une activité physique intense par temps chaud peut vous faire perdre plusieurs litres d’eau en quelques heures. Si vous ne compensez pas, vos urines deviennent très concentrées.
Les sportifs d’endurance (coureurs, cyclistes, triathlètes) sont particulièrement exposés. Paradoxalement, les personnes les plus actives physiquement peuvent développer des calculs si leur hydratation ne suit pas.
Les antécédents personnels et familiaux
Si vous avez déjà eu un calcul rénal, vous avez environ 50 % de risque d’en refaire un dans les dix ans. Les calculs, ça récidive — c’est pourquoi la prévention est si importante.
De même, si des membres de votre famille ont souffert de lithiases urinaires, vous êtes plus à risque. Certaines prédispositions génétiques (comme la cystinurie) favorisent la formation de calculs récidivants.
Certaines maladies et médicaments
L’hyperparathyroïdie (dysfonctionnement des glandes parathyroïdes), la goutte, l’obésité, l’hypertension artérielle, les infections urinaires chroniques… Autant de conditions qui augmentent le risque de calculs.
Certains médicaments peuvent également favoriser leur formation : diurétiques, antiacides à base de calcium, certains antiviraux… Si vous prenez un traitement au long cours, parlez-en avec votre médecin.
Comment prévenir les calculs rénaux cet été ?
La bonne nouvelle, c’est que la prévention est efficace et repose sur des mesures simples. Pas besoin de révolutionner votre vie — quelques ajustements suffisent.
Buvez, buvez, buvez
C’est LA règle d’or. L’objectif : produire environ 2 litres d’urine par jour, ce qui nécessite de boire entre 2 et 2,5 litres de liquide quotidiennement — davantage s’il fait très chaud ou si vous faites du sport.
Quelques astuces pratiques :
- Gardez une bouteille d’eau toujours à portée de main
- Buvez régulièrement, sans attendre d’avoir soif
- Vérifiez la couleur de vos urines : elles doivent rester claires
- Variez les plaisirs : eau plate, eau gazeuse, tisanes, soupes froides…
- Évitez les boissons trop sucrées qui n’hydratent pas aussi bien
L’eau du robinet ou en bouteille ? Les deux conviennent. Contrairement à une idée reçue, les eaux riches en calcium ne favorisent pas les calculs — elles peuvent même avoir un effet protecteur en diminuant l’absorption intestinale d’oxalate.
Mangez plus de fruits et légumes
Les végétaux sont vos alliés. Ils rendent les urines moins acides (ce qui limite la formation de cristaux d’acide urique) et apportent du citrate naturel, un inhibiteur de la cristallisation.
Les agrumes (citrons, oranges, pamplemousses) et les fruits rouges sont particulièrement intéressants pour leur teneur en citrate. Un jus de citron pressé dans votre eau ? Excellent réflexe.
Les fruits et légumes d’été — pastèques, melons, concombres, tomates, courgettes — ont aussi l’avantage d’être très riches en eau, ce qui contribue à votre hydratation.
Modérez les excès (sans vous priver)
Je ne vais pas vous dire d’abandonner les barbecues et les apéros — ce serait triste et irréaliste. Quelques ajustements suffisent :
- Alternez viandes et poissons, protéines animales et végétales
- Limitez le sel : goûtez avant de saler, évitez les aliments industriels très salés
- Préférez l’eau aux sodas et aux boissons sucrées
- Si vous buvez de l’alcool, alternez avec de l’eau (un verre d’eau pour un verre d’alcool)
- Attention aux oxalates : sans les supprimer, évitez les excès de chocolat, épinards, rhubarbe, betteraves, noix
En voyage ou en déplacement
- Emportez toujours une bouteille d’eau
- Faites des pauses régulières pour vous dégourdir et boire
- Évitez de vous retenir d’uriner (la stagnation favorise les calculs)
- Dans les pays chauds, doublez votre consommation d’eau habituelle
Que faire en cas de douleur suspecte ?
Malgré toutes les précautions, un calcul peut se former et décider de migrer. Si vous ressentez une douleur lombaire intense, unilatérale, qui irradie vers l’aine, consultez rapidement votre médecin ou votre urologue. Un avis médical est indispensable pour confirmer le diagnostic, évaluer la taille et la localisation du calcul, et décider de la conduite à tenir.
Les signes de gravité qui nécessitent une consultation urgente
- Fièvre associée à la douleur : peut indiquer une infection (pyélonéphrite obstructive), c’est une urgence absolue
- Impossibilité d’uriner : l’obstruction est peut-être complète
- Douleur insupportable malgré les antalgiques classiques
- Vomissements incoercibles empêchant toute prise de médicaments
- Altération de l’état général : malaise, confusion
Dans ces cas, direction les urgences ou appelez le 15.
En attendant la consultation
- Contrairement à l’idée reçue, ne buvez pas trop pendant la crise aiguë : cela augmenterait la pression et donc la douleur. L’hydratation abondante, c’est pour la prévention et après la crise.
- Prenez un antalgique (paracétamol) et un anti-inflammatoire si vous n’avez pas de contre-indication
- Appliquez une source de chaleur sur la zone douloureuse (bouillotte, coussin chauffant)
- Essayez de récupérer le calcul si vous urinez (filtrez vos urines avec une compresse ou un filtre à café) — son analyse permet de déterminer sa composition et d’adapter la prévention
Quand une intervention chirurgicale est-elle nécessaire ?
La plupart des petits calculs (moins de 5 mm) finissent par s’évacuer naturellement en quelques jours à quelques semaines. Mais ce n’est pas toujours le cas, et les calculs de plus grande taille nécessitent souvent une prise en charge active.
Les situations qui peuvent conduire à une intervention
- Calcul trop volumineux (généralement > 6-7 mm) avec peu de chances d’expulsion spontanée
- Calcul bloqué depuis plusieurs semaines sans progression
- Douleurs répétées ou mal contrôlées malgré le traitement médical
- Infection associée (urgence chirurgicale)
- Rein unique ou fonction rénale altérée
- Obstruction complète avec dilatation importante du rein
Les techniques modernes : peu invasives et efficaces
Rassurez-vous : on ne parle plus de chirurgie lourde. Les techniques actuelles sont mini-invasives, souvent réalisées en ambulatoire, avec une récupération rapide.
Lithotritie extracorporelle (LEC) : des ondes de choc focalisées fragmentent le calcul de l’extérieur, sans incision. Les fragments s’éliminent ensuite naturellement dans les urines. Efficace pour les calculs de taille moyenne situés dans le rein ou le haut de l’uretère.
Urétéroscopie souple avec laser : un fin endoscope est introduit par les voies naturelles jusqu’au calcul, qui est fragmenté au laser sous contrôle visuel direct. Technique de choix pour les calculs de l’uretère ou du rein, avec d’excellents résultats.
Néphrolithotomie percutanée (NLPC) : pour les très gros calculs (> 2 cm) ou les calculs coralliformes, une petite incision dans le dos permet d’accéder directement au rein et de fragmenter le calcul. Technique réservée aux cas les plus complexes.
Le choix de la technique dépend de la taille, de la localisation et de la composition du calcul, ainsi que de votre anatomie et de vos antécédents. Votre urologue vous proposera la solution la plus adaptée à votre situation.
Le mot de la fin
Les calculs rénaux sont fréquents — environ 10 % de la population française en souffrira au moins une fois. L’été est une période à risque, mais avec quelques réflexes simples, vous pouvez considérablement réduire vos chances d’en faire l’expérience.
Retenez l’essentiel : buvez suffisamment pour garder des urines claires, mangez équilibré sans excès de sel, de sucre ou de protéines animales, et consultez sans tarder en cas de douleur suspecte. Un avis médical permet de poser le bon diagnostic et d’éviter les complications.
Et si malgré tout un calcul se manifeste, rassurez-vous : la grande majorité s’évacue spontanément, et pour les autres, nous disposons aujourd’hui de techniques peu invasives très efficaces. Personne n’est condamné à souffrir en silence.
Passez un bel été — et pensez à votre bouteille d’eau !





