Faut-il opérer un patient dont le PSA est élevé avec un cancer de la prostate agressif ?

Chirurgie Robot-assisté.

Recevoir un diagnostic de cancer de la prostate « à haut risque » ou « agressif » avec un PSA élevé — souvent supérieur à 20, parfois au-delà de 40 ng/mL — est un moment de sidération. Le mot « agressif » résonne comme une condamnation. Et c’est précisément là que se joue la consultation la plus importante de tout le parcours : celle où l’on décide, ensemble, de la meilleure stratégie.

Je veux poser d’emblée deux affirmations, car elles structurent tout ce qui suit.

Premièrement, la chirurgie n’est pas une option par défaut : elle est conditionnée au résultat de l’imagerie . Aujourd’hui, en 2026, on ne peut plus proposer une prostatectomie à un patient à PSA élevé sans avoir fait le bilan par PSMA-PET/TDM. Ce n’est pas une formalité ni une précaution administrative : c’est cet examen qui répond à la question qui commande tout le reste — la maladie est-elle réellement localisée, ou existe-t-il déjà des ganglions ou des métastases que l’IRM et la scintigraphie n’ont pas vus ? Selon la réponse, on ne parle plus du même traitement, ni du même objectif.

Deuxièmement, lorsque le PSMA-PET confirme une maladie localisée, la chirurgie reste une option curative légitime et souvent excellente, mais elle s’inscrit dans une stratégie multimodale. Elle en est parfois le premier temps, rarement le seul.

Ce n’est pas une nuance de langage. C’est un changement de paradigme validé par les données les plus récentes, et c’est plutôt une bonne nouvelle : un PSA élevé avec une histologie agressive n’équivaut pas à un renoncement thérapeutique, mais à une planification plus fine et plus exigeante. Voyons pourquoi, en commençant par le bilan qui ouvre la porte.

Le PSMA-PET/TDM : la porte d’entrée obligée, et pourquoi

Commençons par le point que trop de patients découvrent trop tard, parfois en consultation préopératoire alors que la décision semble déjà prise.

Les recommandations européennes EAU-EANM-ESTRO-ESUR-ISUP-SIOG, dans leur mise à jour 2026, sont explicites : pour un cancer localisé à haut risque ou localement avancé, la recherche de métastases doit être réalisée par PET scanner au PSMA  (PET PSMA) lorsqu’il est disponible, et à défaut par une imagerie abdominopelvienne en coupe complétée d’une scintigraphie osseuse. Les recommandations américaines AUA/ASTRO, révisées en 2026, vont dans le même sens : la stadification des cancers de risque intermédiaire défavorable et de haut risque se fait « soit par PET PSMA, soit par l’association scintigraphie osseuse et imagerie en coupe ». Le NCCN et les critères d’usage approprié de la SNMMI retiennent la même position.

Cette convergence n’est pas une mode. Elle repose sur des données de niveau élevé.

PET SCANNER AU PSMA

PET SCANNER AU PSMA

Ce que le PET PSMA change concrètement

L’essai randomisé de phase III proPSMA, mené chez des patients à haut risque avant traitement curatif, a comparé le PET PSMA à l’imagerie conventionnelle. Résultat : une précision supérieure de 27 % par rapport à l’imagerie conventionnelle pour la détection des atteintes ganglionnaires et métastatiques, avec un taux d’échec global nettement plus faible. Une revue systématique portant sur douze études et 322 patients a par ailleurs montré une sensibilité très variable du PET PSMA pour la stadification initiale — de 33 % à 99 % selon les séries et les analyses — ce qui invite à l’interpréter avec un médecin expérimenté, mais confirme sa supériorité globale.

Ce que cela signifie pour vous, très concrètement : le PET PSMA va reclasser un nombre significatif de patients. Des hommes que l’imagerie conventionnelle classait en maladie localisée s’avèrent porteurs de ganglions pelviens ou de lésions osseuses. D’autres, à l’inverse, ressortent avec une maladie strictement limitée à la prostate.

Dans le premier cas, on ne propose plus la même stratégie : la chirurgie seule n’a plus de sens curatif et la question devient celle d’un traitement systémique et d’une radiothérapie ganglionnaire, éventuellement complétés d’un geste local. Dans le second cas, la chirurgie redevient pleinement légitime. Le PET PSMA n’est donc pas un examen de confort : il décide qui opérer.

Le bilan local reste indispensable

Le PSMA-PET ne remplace pas l’IRM prostatique pré-biopsie, qui reste recommandée pour l’évaluation locale et pour orienter les biopsies. Et il ne dispense pas de l’évaluation ganglionnaire peropératoire : le curage ganglionnaire étendu fait partie intégrante du geste chirurgical dans ces formes, puisque l’analyse anatomopathologique des ganglions reste le seul moyen d’établir le statut pN de façon certaine — et donc d’adapter ensuite le traitement complémentaire.

Un dernier point de vigilance : un PET PSMAnégatif chez un patient à très haut risque n’exclut pas une maladie micrométastatique. Il réduit fortement la probabilité, mais il ne la supprime pas. C’est une information à intégrer, pas une garantie.

Ce que « PSA élevé et cancer agressif » veut dire exactement

Un mot sur les définitions, car elles ont bougé récemment et elles changent tout.

On parle de cancer à haut risque lorsqu’au moins un de ces critères est présent : un PSA supérieur à 20 ng/mL, un score de Gleason 8 à 10 (grade ISUP 4 ou 5), ou un stade clinique supérieur ou égal à T2c. La classification des European Association of Urology (EAU), actualisée en 2026, reste la référence européenne, et elle distingue désormais plus finement les risques intermédiaires favorables et défavorables.

Un second palier existe, celui du très haut risque. Le National Comprehensive Cancer Network (NCCN) a révisé sa définition en 2025 : elle retient au moins deux critères parmi un stade clinique supérieur ou égal à T3, un PSA supérieur ou égal à 40 ng/mL, et un grade ISUP supérieur ou égal à 4. Ce déplacement de frontière n’est pas cosmétique — nous le verrons, il a des conséquences oncologiques mesurables.

Le critère le plus parlant reste celui du risque métastatique, évalué aujourd’hui par la classification EAU : trois critères ou plus parmi un PSA supérieur à 20, un ISUP 4-5 et un stade T2c-T3a définissent un risque métastatique élevé. Un chiffre pour mémoire : en 2026, l’INCa rapporte une survie nette à 5 ans de 93 % pour l’ensemble des cancers de la prostate diagnostiqués en France entre 2010 et 2015, et de 80 % à 10 ans selon les données de l’AFU. L’enjeu de la prise en charge du haut risque est donc de faire en sorte que ces patients à pronostic globalement favorable ne soient pas ceux qui alimentent la mortalité spécifique.

Les chiffres de la chirurgie dans le haut risque : soyons rigoureux

C’est ici qu’il faut regarder les données en face, sans les enjoliver ni les dramatiser. Une étude publiée en 2026 dans International Journal of Urology a analysé 641 patients opérés par voie robot-assistée, répartis selon les définitions historiques et révisées du risque. Les résultats, à cinq ans :

71,1 % de survie sans récidive biochimique dans le groupe haut risque historique ;

44,7 % dans le groupe reclassé du très haut risque vers le haut risque ;

29,8 % dans le très haut risque selon les critères 2025.

Mais lisez immédiatement la ligne suivante, car elle change le sens du mot « échec » : la survie sans métastase était respectivement de 99,6 %, 94,1 % et 88,9 % à cinq ans.

Autrement dit : même dans le groupe le plus agressif, près de neuf hommes sur dix n’avaient aucune métastase cinq ans après l’intervention. La récidive biochimique n’est pas la mort ; c’est un signal d’alarme qui déclenche un traitement complémentaire, et c’est là toute la logique multimodale.

Le même auteur, dans Cancers en 2025, a étudié 258 patients atteints d’un cancer localement avancé (T3b-T4, pattern 5 prédominant, plus de quatre biopsies de grade 4-5) opérés par robot, sans traitement systémique péri-opératoire. Stade pathologique pT3a ou plus dans 63,6 % des cas, atteinte ganglionnaire (pN1) dans 27,1 %. Les résultats à cinq ans : survie sans récidive biochimique de 36,6 %, survie sans métastase de 88,9 %, survie spécifique de 98,3 %. Un PSA « persistant » — c’est-à-dire ne descendant pas sous 0,1 ng/mL après l’intervention — était observé chez 21,3 % des patients.

Retenez ce dernier chiffre, car il structure toute la décision : la survie spécifique à cinq ans dépasse 98 %. On ne meurt quasiment pas d’un cancer de la prostate localement avancé opéré et correctement traité dans les cinq années qui suivent. Et c’est exactement pour cela qu’il faut choisir le bon traitement plutôt qu’un traitement maximal.

Une étude européenne multicentrique présentée en 2025, portant sur 675 patients opérés pour un cancer localement avancé à haut risque, a affiné le pronostic à long terme : à quinze ans, la survie sans traitement additionnel était de 2 % en cas de PSA persistant contre 23 % si le PSA devenait indétectable — mais la survie sans décès spécifique restait de 81 % contre 87 %. Le message clinique est limpide : le PSA persistant annonce la nécessité d’un traitement complémentaire, pas un échec vital.

Le robot Da Vinci

Le robot Da Vinci

Faut-il opérer, irradier, ou les deux ? Le débat le plus important du moment

La question posée — faut-il opérer ? — est en réalité celle-ci : chirurgie d’abord avec radiothérapie de rattrapage personnalisée, ou radiothérapie plus hormonothérapie longue d’emblée ? Les deux sont recommandées par les sociétés savantes, et le débat reste ouvert.

Un travail présenté au congrès ASCO GU 2025 a croisé les données individuelles de deux essais randomisés de phase III — NRG/RTOG 0521 (radiothérapie plus hormonothérapie longue, avec ou sans docétaxel) et CALGB 90203 (chirurgie avec ou sans chimiothérapie et hormonothérapie néoadjuvantes). Sur 1 290 patients suivis en médiane 6,4 ans, l’incidence cumulée de métastases à huit ans était significativement plus faible dans le bras radiothérapie : 16 % contre 23 %. Point essentiel pour l’interprétation : dans la cohorte chirurgicale, 18 % des patients avaient reçu une radiothérapie adjuvante et 44 % un traitement de rattrapage. Environ 80 % des hommes à haut risque opérés reçoivent donc un traitement complémentaire ou présentent une récidive.

Ce résultat mérite d’être lu avec honnêteté et nuance : une comparaison post-hoc, même avec ajustement par score de propension, n’est pas un essai randomisé. Les auteurs eux-mêmes soulignent que les patients opérés étaient plus jeunes et avaient un PSA initial plus bas, et que la mortalité sans métastase était plus élevée dans le bras radiothérapie — indice d’un biais résiduel de sélection. L’analyse croisée comparant radiothérapie plus hormonothérapie longue à chimiothérapie plus hormonothérapie plus chirurgie ne montrait d’ailleurs plus de différence significative (18 % contre 21 %). Et l’essai SPCG-15, activement en cours, est le premier à comparer directement les deux stratégies : c’est lui qui tranchera.

Que retenir pour le patient ? Que la chirurgie et la radiothérapie offrent toutes deux un contrôle oncologique excellent, avec des profils de toxicité différents, et que la radiothérapie avec hormonothérapie longue conserve une place de premier plan dans le très haut risque. C’est la discussion en réunion de concertation pluridisciplinaire qui fait la différence — pas une préférence de principe.

Le traitement multimodal : ce n’est pas un échec, c’est la norme

Voici le point que je tiens le plus à transmettre, et il est profondément rassurant quand on le formule correctement : dans le cancer de la prostate à haut risque, le traitement multimodal n’est pas le signe qu’on a échoué ; c’est le traitement prévu depuis le début.

Les données sont solides et récentes :

Une analyse comparative en vie réelle de 1 862 patients opérés (2014-2024) a comparé radiothérapie adjuvante et radiothérapie de sauvetage. Aucune différence significative de survie sans métastase à 60 mois (85,1 % contre 95,4 %), de survie spécifique (96,8 % contre 99,1 %) ni de survie globale (91,0 % contre 89,1 %), y compris dans les sous-groupes à haut risque avec pT3-4, Gleason 8-10 ou pN1.

La méta-analyse de l’équation ARTISTIC, intégrant RADICALS-RT, GETUG-AFU 17 et RAVES, ne retrouve aucune différence de survie sans événement entre radiothérapie adjuvante immédiate et radiothérapie de sauvetage précoce : 89 % contre 88 % à cinq ans. D’où la pratique actuelle : on surveille le PSA de près et on irradie au bon moment, plutôt que d’irradier systématiquement.

Une méta-analyse publiée en 2026 dans Prostate Cancer and Prostatic Diseases, poolant cinq essais randomisés (GETUG-AFU 16, RTOG 9601, RTOG 0534/SPPORT, RADICALS-HD, SALV-ENZA) et 4 536 patients, confirme que l’ajout d’une hormonothérapie à la radiothérapie de sauvetage améliore la survie sans progression biochimique (rapport de risque 0,57), la survie sans progression (0,58) et la survie sans métastase (0,82), avec un bénéfice métastatique marqué en cas de marges chirurgicales positives (0,68). Aucun bénéfice de survie globale n’a été démontré.

L’essai SHARE, dont les résultats intermédiaires ont été rapportés en 2026, montre qu’une radiothérapie de sauvetage hypofractionnée donne des résultats équivalents à la radiothérapie conventionnelle après prostatectomie : survie sans progression biochimique à quatre ans de 80,1 % contre 78,1 %, survie sans métastase de 91,7 % contre 91,0 %, survie spécifique de 100 % dans les deux bras.

Autrement dit : le séquençage compte, mais il n’y a pas de « bonne » séquence unique. Ce qui compte, c’est d’être suivi, de faire doser son PSA régulièrement, et de ne pas considérer le traitement complémentaire comme un échec mais comme un étage de la fusée.

Chez qui la chirurgie seule suffit-elle ? Le vrai enjeu du moment

C’est la question clinique la plus intéressante, et elle se pose après le PET PSMA jamais avant.

Dans l’étude de 2025 sur 258 patients, les facteurs prédictifs préopératoires d’un PSA persistant étaient : un PSA supérieur à 40 ng/mL, un stade clinique supérieur ou égal à cT3a, et plus de quatre biopsies de score de Gleason 8-10. Les patients cumulant au moins deux de ces critères avaient une survie sans récidive et une survie sans métastase significativement plus mauvaises — ce sont eux qu’il faut d’emblée orienter vers une stratégie multimodale. À l’inverse, les patients dont le PSA devenait indétectable après la chirurgie présentaient un plateau de survie sans récidive et une survie sans métastase excellente : pour eux, la chirurgie comme traitement unique était suffisante.

Les facteurs postopératoires — stade pathologique, invasion lymphovasculaire, atteinte ganglionnaire confirmée par le curage — orientent, eux, la décision de traitement complémentaire une fois l’analyse anatomopathologique disponible.

Et une donnée importante pour lever une crainte fréquente : la préservation des bandelettes neurovasculaires, souvent sacrifiée par principe dans le haut risque, n’aggrave pas le risque de récidive biochimique. Une étude appariée portant sur 1 722 patients opérés par robot a montré des survies sans récidive à cinq ans de 70,2 % avec préservation contre 71,9 % sans, sans sur-risque dans les sous-groupes définis par le grade, le stade, le pourcentage d’envahissement ou le PSA. Chirurgie et qualité de vie ne sont donc pas antagonistes, même dans le haut risque.

Et après ? Qualité de vie et suites fonctionnelles

Un patient à haut risque opéré ne perd pas nécessairement plus qu’un autre. Une analyse prospective issue de la base Be-RALP, publiée dans European Urology Oncology, portant sur 2 336 patients à haut risque appariés, conclut que le groupe de risque n’était pas prédictif d’une dégradation cliniquement pertinente de la qualité de vie, de la fonction érectile ou de la fonction urinaire. Les facteurs significatifs étaient la réalisation d’un traitement complémentaire — hormonal ou radiothérapie — avec un impact érectile sans retentissement marqué sur la qualité de vie globale ni sur la continence.

Une autre série, portant sur 769 patients D’Amico haut risque opérés par robot, rapporte une récupération de la continence de 85,2 % à 12 mois, 89,1 % à 24 mois et 91,2 % à 36 mois, et une récupération de la fonction sexuelle chez 33,8 %, 52,3 % et 69,0 % des hommes initialement puissants. La récupération continue au-delà de la première année ; c’est une donnée qu’il faut dire aux patients.

Un dernier point, pour les situations plus avancées : dans la maladie oligométastatique de novo, la prostatectomie de cytoréduction fait l’objet d’un intérêt croissant comme élément d’une stratégie multimodale. Une étude européenne multicentrique sur 116 patients rapporte une survie sans résistance à la castration à deux ans de 85,8 % et une survie globale de 98,9 %, avec une continence à un an de 82 %. Ce n’est pas un standard, et cela reste réservé à des patients sélectionnés dans des centres experts — mais cela montre que la frontière se déplace.

En pratique : ce que je retiens de ces données

Un PSA élevé avec un cancer agressif n’est pas une contre-indication à la chirurgie. C’est une indication à un bilan complet, puis à une décision mieux informée et plus collective. Cinq principes concrets s’en dégagent :

Faire le PSMA-PET/TDM avant toute décision chirurgicale. C’est la condition préalable. La question « maladie localisée ou atteinte ganglionnaire ou métastatique déjà présente ? » commande tout le reste, et l’imagerie conventionnelle ne suffit plus à y répondre. Un patient à PSA élevé qu’on opère sans PSMA-PET a été opéré sur une information incomplète.

Discuter en réunion de concertation pluridisciplinaire, avec un urologue, un oncologue radiothérapeute et un oncologue médical. Les deux grandes voies — chirurgie première avec rattrapage personnalisé, ou radiothérapie plus hormonothérapie longue — sont recommandées, et c’est le profil du patient qui arbitre.

Accepter le traitement multimodal comme plan de départ. Un patient sur deux à haut risque recevra un traitement complémentaire. Ce n’est pas une complication : c’est l’algorithme qui fonctionne, et il fonctionne bien.

Regarder la bonne ligne du tableau. La survie sans récidive biochimique est un indicateur sensible, mais la survie sans métastase et la survie spécifique — 88,9 % et 98,3 % à cinq ans dans la série de référence — sont celles qui parlent du pronostic réel.

Ne pas renoncer à la qualité de vie. La préservation nerveuse, quand elle est techniquement possible, n’aggrave pas le risque de récidive, et la récupération fonctionnelle continue souvent au-delà de la première année.

Le cancer de la prostate reste un cancer de bon pronostic, y compris dans ses formes agressives, à condition d’être pris en charge dans un parcours organisé et d’être suivi dans la durée. C’est un cancer qui se gère comme une maladie chronique à surveiller, non comme une sentence. Et la chirurgie, réalisée par voie robot-assistée, y garde toute sa place — à condition que le PSMA-PET ait confirmé qu’elle a un sens, et qu’elle soit conçue comme le premier temps d’une stratégie qui en comportera peut-être deux ou trois.

Le pronostic s’écrit rarement en une seule intervention. Il s’écrit dans la rigueur du bilan — à commencer par l’imagerie —, dans la qualité du geste, et dans la vigilance du suivi. C’est une bonne raison d’être optimiste.

 

FAQ

1. Faut-il opérer un cancer de la prostate à PSA élevé et agressif ?

Oui, la chirurgie reste une option curative légitime dans le cancer de la prostate à haut risque, y compris quand le PSA dépasse 40 ng/mL. Le point clé est qu’elle ne se conçoit plus comme un geste isolé : elle s’inscrit dans une stratégie multimodale où un traitement complémentaire — radiothérapie, hormonothérapie, ou les deux — sera souvent nécessaire. Dans une série de 258 patients atteints d’un cancer localement avancé opérés par voie robot-assistée, la survie spécifique à cinq ans atteignait 98,3 %.

2. Quelles sont les chances de guérison avec un PSA très élevé (> 40 ng/mL) ?

Il faut distinguer deux chiffres, souvent confondus. La survie sans récidive biochimique à cinq ans est comprise entre 30 % et 45 % dans les formes les plus agressives — c’est-à-dire qu’un PSA peut remonter après l’intervention. Mais la survie sans métastase reste de 88,9 % et la survie spécifique de 98,3 % à cinq ans. Autrement dit, même dans ces formes, près de neuf hommes sur dix n’ont aucune métastase cinq ans après l’opération.

3. Qu’est-ce que le traitement multimodal et est-ce le signe d’un échec ?

Non, c’est exactement l’inverse. Le traitement multimodal — chirurgie combinée à une radiothérapie et/ou une hormonothérapie — est le traitement prévu dès le départ dans le haut risque, pas une complication. Environ 80 % des hommes à haut risque opérés reçoivent un traitement complémentaire ou présentent une récidive biochimique. C’est l’algorithme qui fonctionne, et il fonctionne bien, puisque la survie spécifique reste supérieure à 98 % à cinq ans.

4. Vaut-il mieux se faire opérer ou faire de la radiothérapie ?

Les deux stratégies offrent un excellent contrôle oncologique, avec des profils d’effets secondaires différents : la radiothérapie s’associe à une hormonothérapie longue, la chirurgie à une radiothérapie de rattrapage personnalisée si le PSA remonte. Les recommandations internationales 2026 valident les deux voies. Une comparaison croisant deux essais de phase III a toutefois retrouvé une incidence de métastases à huit ans plus faible dans le bras radiothérapie (16 % contre 23 %), avec des limites méthodologiques importantes. L’essai SPCG-15, en cours, tranchera directement la question. La décision se prend en réunion de concertation pluridisciplinaire.

5. Quelle est la survie après une prostatectomie robot-assistée dans le cancer à haut risque ?

Dans la série de référence sur 258 patients à cancer localement avancé opérés par robot, la survie sans récidive biochimique était de 36,6 % à cinq ans, la survie sans métastase de 88,9 % et la survie spécifique de 98,3 %. Les récidives biochimiques sont traitées par radiothérapie de sauvetage, souvent associée à une hormonothérapie, ce qui améliore significativement le contrôle de la maladie. La qualité de vie, elle, n’est pas plus dégradée que dans les formes moins agressives.

Références

Miura N. et al. Robot-Assisted Radical Prostatectomy for Locally Advanced Prostate Cancer: Oncological Potential and Limitations as the Primary Treatment. Cancers. 2025;17(20):3286. doi:10.3390/cancers17203286.

Miura N. et al. Impact of the 2025 NCCN Definition Change for Very High-Risk Prostate Cancer on Surgical Outcomes After Robot-Assisted Radical Prostatectomy: A Retrospective Cohort. International Journal of Urology. 2026;33(2):e70366. doi:10.1111/iju.70366.

Roy S. et al. Radical prostatectomy versus radiotherapy in high-risk prostate cancer: Emulated randomized comparison with individual patient data from two phase III randomized trials (NRG/RTOG 0521 et CALGB 90203). Journal of Clinical Oncology. 2025;43(5_suppl):309. doi:10.1200/JCO.2025.43.5_suppl.309.

Wenzel M. et al. Real world comparison of adjuvant vs. salvage radiation therapy on cancer-control outcomes after radical prostatectomy. Strahlentherapie und Onkologie. 2026;202(2):129-138. doi:10.1007/s00066-025-02400-4.

Migliaccio F. et al. Salvage radiotherapy with or without hormonal therapy for biochemical recurrence after radical prostatectomy: A systematic review and meta-analysis. Prostate Cancer and Prostatic Diseases. 2025;29(5):951-957. doi:10.1038/s41391-026-01120-9.

Bigarella M.P., Floberg J.M., Jarrard D. Multidisciplinary management of nonmetastatic locally advanced prostate cancer (T3-4N0M0). Surgical Oncology Insight. 2025;2(2):100137. doi:10.1016/j.soi.2025.100137.

Cornford P. et al. EAU-EANM-ESTRO-ESUR-ISUP-SIOG Guidelines on Prostate Cancer — 2026 Update. European Urology. Recommandations en ligne : uroweb.org/guidelines/prostate-cancer

AUA/ASTRO. Clinically Localized Prostate Cancer Guideline (2022 ; amendée 2026). auanet.org

Song et al. Essai SHARE : radiothérapie de sauvetage hypofractionnée après prostatectomie pour récidive biochimique. Journal of Clinical Oncology ; rapporté dans The ASCO Post, 2026.

Rouf et al. Cytoreductive Radical Prostatectomy in Oligometastatic Prostate Cancer: Single-Centre Experience. BJUI Compass. 2026. doi:10.1002/bco2.70187.

Institut national du cancer (INCa). Épidémiologie des cancers de la prostate. Données mises à jour 2026. cancer.fr

Institut national du cancer (INCa). Panorama des cancers en France, édition 2026. cancer.fr

Santé publique France. Survie des personnes atteintes de cancer en France métropolitaine 1989-2018 — Prostate. 2020.

Comité de cancérologie de l’AFU. Recommandations françaises — Cancer de la prostate : diagnostic et prise en charge de la maladie localisée (mise à jour 2022-2024). urofrance.org

Abdollah F., Dalela D. et al. Functional outcomes of clinically high-risk prostate cancer patients treated with robot-assisted radical prostatectomy. Eur Urol. 2019.

Be-RALP. Functional Outcomes and Quality of Life in High-risk Prostate Cancer Patients Treated by Robot-assisted Radical Prostatectomy with or Without Adjuvant Treatments. European Urology Oncology.

Emmett L. et al. ProPSMA : PSMA PET-CT staging in high-risk prostate cancer. Rapporté dans les recommandations EAU 2026 et le référentiel EANM/SNMMI PSMA PET/CT 2.0.

Docteur Allan LIPSKER

Docteur Allan LIPSKER

Chirurgien Urologue et Andrologue

Le Dr Allan Lipsker est chirurgien urologue à Paris. Il prend en charge les pathologies de l’appareil urinaire et de l’appareil génital masculin, avec une expertise particulière dans les maladies de la prostate, les troubles urinaires, les calculs urinaires, l’incontinence masculine et la dysfonction érectile.

Table des matières

allan-consultation

Prendre rendez-vous

Prenez rendez-vous simplement sur Doctolib pour une consultation avec le Dr Allan Lipsker.

Prendre rendez-vous

Dans la même catégorie

allan-PORTRAIT

Consultation
Prenez rendez-vous dès maintenant
Vous souhaitez consulter pour un trouble urinaire, une pathologie de la prostate ou une question d’urologie masculine ? Prenez rendez-vous en ligne via Doctolib ou contactez le secrétariat pour toute demande d’information.

WhatsApp