Si vous avez des symptômes urinaires liés à la prostate (jet faible, besoin de pousser, sensation de vidange incomplète), uriner assis est une option raisonnable, sans risque, et elle peut améliorer un peu la vidange de la vessie. Si vous n’avez aucun symptôme, la position n’a pas d’importance. Dans tous les cas, ce n’est pas un traitement : c’est un petit réglage de confort.

Adénome de la prostate et dysurie
Pourquoi la question se pose
Avec l’âge, la prostate augmente souvent de volume (hyperplasie bénigne de la prostate, ou HBP). Elle entoure l’urètre, le canal par lequel l’urine s’évacue. Quand elle grossit, elle peut gêner l’écoulement. Cela donne des symptômes que l’on regroupe sous le terme de troubles urinaires du bas appareil (TUBA) :
- jet faible ou haché ;
- attente avant que le jet démarre ;
- miction longue ;
- impression de ne pas avoir vidé complètement la vessie ;
- besoins fréquents, y compris la nuit.
La position debout est culturellement la norme chez l’homme. Mais elle n’a rien de physiologique. Assis, les muscles du plancher pelvien et du périnée se relâchent plus facilement, et l’on est souvent moins pressé et moins crispé. L’idée est donc que ce relâchement pourrait aider un homme dont la sortie de vessie est déjà rétrécie.
Trois mesures servent à juger de l’efficacité d’une miction :
- le débit maximal (Qmax), en ml/s ;
- le temps de miction ;
- le résidu post-mictionnel (RPM), c’est-à-dire le volume d’urine qui reste dans la vessie après avoir uriné. C’est le paramètre le plus important en pratique : un résidu élevé et persistant favorise les infections et la gêne.
Ce que dit la méta-analyse de référence
La synthèse la plus complète publiée à ce jour est la revue systématique avec méta-analyse de de Jong et collaborateurs, parue dans PLoS One en 2014. Elle a regroupé onze études et séparé les hommes sans symptômes de ceux qui avaient des TUBA [1].
Chez les hommes en bonne santé, il n’y a aucune différence entre les deux positions :
- Qmax : +0,18 ml/s (intervalle de confiance à 95 % de −1,67 à 2,02) ;
- temps de miction : +0,49 s ;
- résidu : +0,43 ml.
Chez les hommes avec des TUBA, la position assise va dans le sens d’une meilleure vidange :
- le résidu post-mictionnel est plus bas de 25 ml en moyenne (IC 95 % de −48,7 à −1,2), et cette différence est statistiquement significative ;
- le débit maximal est plus élevé d’environ 1,2 ml/s, mais cette différence n’est pas significative (l’intervalle de confiance inclut zéro) ;
- le temps de miction est plus court de 0,6 s environ, là encore sans significativité.
Les auteurs concluent que, en cas de TUBA, la position assise s’associe à un profil urodynamique plus favorable. Ils soulignent aussi que cet effet approcherait celui de certains traitements médicamenteux [1]. Il faut nuancer cette comparaison : elle repose sur un petit nombre d’études, avec des résultats hétérogènes, et les intervalles de confiance sont larges. Les auteurs de travaux ultérieurs relèvent la même limite : peu d’études, donc une puissance statistique réduite [6].
Les études individuelles : des résultats qui ne vont pas tous dans le même sens
Les résultats de terrain sont plus nuancés que la conclusion de la méta-analyse.
Des études neutres. Dans une étude de 44 hommes porteurs d’une HBP symptomatique et de 44 témoins, aucune différence n’a été observée entre debout et assis. Le Qmax était de 10,2 ml/s debout contre 9,5 ml/s assis, et le résidu de 82 ml contre 85 ml [2]. Chez des volontaires sains, la posture (debout, accroupi ou assis) n’a pas modifié le débit ni le résidu [7].
Une étude qui va dans le sens de la position assise chez l’homme plus âgé ou obstrué. Une étude de 198 patients (âge médian 58 ans) n’a trouvé aucune différence de Qmax ni de volume uriné selon la position [3]. Elle a cependant montré une différence sur le résidu, avec un sens inverse de celui attendu : 29,5 ml debout contre 47,5 ml assis (p < 0,0001) [3]. Une autre étude, menée chez des hommes habitués à uriner assis, a trouvé un résidu plus élevé debout (86 ml contre 73 ml) [8]. Une revue des données chez l’homme âgé conclut que la position assise semble optimale après 50 ans, alors que son rôle reste indéterminé chez l’homme jeune en bonne santé [6].
Une étude contradictoire. Une étude jordanienne de 2020 a inclus 116 hommes avec HBP et 78 témoins. Elle rapporte que les hommes avec HBP qui urinaient debout avaient des résidus plus faibles et de meilleurs paramètres de débit [4]. Ce résultat contredit la méta-analyse, ce qui illustre bien que l’effet de la posture est modeste et variable d’un groupe à l’autre.
L’habitude compte. Chez des hommes jeunes sans symptômes, habitués à uriner debout ou accroupi, le débit est plus bas et la miction plus longue en position assise [9]. Il y a donc un effet de familiarité : la position à laquelle on est habitué est celle où l’on urine le mieux. Dans une étude japonaise de 370 patients, 38,6 % urinaient assis, principalement pour garder les toilettes propres (54,5 %). Les hommes qui urinaient assis avaient plus souvent des temps d’attente et de miction plus longs [5]. Ce dernier point suggère que beaucoup d’hommes ayant un jet difficile adoptent d’eux-mêmes la position assise.
Comment interpréter ces données
- La position n’a aucun effet démontré chez l’homme sans symptôme. Debout ou assis, c’est une affaire de confort et d’hygiène.
- Chez l’homme avec une prostate qui gêne, la position assise est plausiblement utile, surtout pour réduire le résidu. La méta-analyse retrouve un bénéfice significatif sur le résidu, mais pas sur le débit [1].
- Les études sont petites et hétérogènes. Elles mesurent la miction dans un cabinet, souvent en une seule séance, sur un nombre limité de mictions. Aucune ne montre un bénéfice sur ce qui compte vraiment pour le patient : la qualité de vie, les infections ou le risque de rétention.
- Il n’y a aucun risque à essayer. Uriner assis ne cause pas de dommage. Si cela ne change rien pour vous, vous pouvez revenir à la position debout sans conséquence.
Conseils pratiques
Voici comment procéder si vous voulez essayer :
- Essayez la position assise pendant une à deux semaines. Le premier jour ne permet pas de juger : il faut laisser le temps à l’habitude de s’installer.
- Détendez-vous. Asseyez-vous bien, pieds à plat, épaules relâchées. Ne poussez pas : laissez la vessie se vider d’elle-même.
- Prenez votre temps. Attendez que le jet démarre et ne vous levez pas dès qu’il ralentit.
- Essayez la double miction. Une fois le jet terminé, restez assis une trentaine de secondes, puis essayez d’uriner une seconde fois. Cette technique est couramment conseillée en pratique, même si elle n’a pas été évaluée dans les études citées ici.
- Jugez par vous-même. Le jet est-il plus régulier ? La sensation de vidange est-elle meilleure ? Si oui, gardez cette habitude, surtout la nuit, où elle limite aussi le risque de malaise ou de chute.
Cette astuce ne remplace jamais une consultation. Parlez-en à votre médecin ou à votre urologue si vous avez :
- un jet qui s’affaiblit progressivement ;
- des levers nocturnes répétés ;
- des infections urinaires ;
- du sang dans les urines ;
- une impossibilité d’uriner ou une douleur dans le bas-ventre (urgence : consultez sans attendre).
Le bilan repose sur un questionnaire de symptômes, un examen clinique, souvent une débitmétrie et la mesure du résidu par échographie. Selon les résultats, on peut proposer des médicaments, ou une désobstruction chirurgicale (par exemple au laser- HoLEP) si la gêne est importante ou si des complications apparaissent. La position assise n’est qu’un complément à cette démarche.
En résumé
| Situation | Position conseillée |
|---|---|
| Aucun symptôme urinaire | Au choix, sans différence démontrée |
| Prostate qui gêne le jet | Assis : à essayer, bénéfice possible sur le résidu |
| Résidu élevé ou symptômes marqués | Position assise en complément, mais consultez |
Références
- de Jong Y, Pinckaers JH, ten Brinck RM, Lycklama à Nijeholt AA, Dekkers OM. Urinating standing versus sitting: position is of influence in men with prostate enlargement. A systematic review and meta-analysis. PLoS One. 2014;9(7):e101320. doi:10.1371/journal.pone.0101320. PMID 25051345.
- Effect of voiding position on uroflowmetric parameters and postvoid residual urine volume in patients with benign prostatic hyperplasia and healthy men. Scand J Urol Nephrol. 2004;38(3).
- Effect of voiding position on uroflowmetric parameters in healthy and obstructed male patients. 2014. PMID 24469658.
- Alrabadi A, Al Demour S, Mansi H, AlHamss S, Al Omari L. Evaluation of voiding position on uroflowmetry parameters and post void residual urine in patients with benign prostatic hyperplasia and healthy men. Am J Mens Health. 2020. doi:10.1177/1557988320938969.
- Relevant predisposing factors for voiding in a sitting position among Japanese male adult patients. 2022. ScienceDirect, pii S2772973722000169.
- Evaluation of impact of voiding posture on uroflowmetry parameters in men. PMC5583366.
- Voiding position does not affect uroflowmetric parameters and post-void residual urine volume in healthy volunteers. 2004. PMID 15841779.
- Uroflowmetric differences between standing and sitting positions for men used to void in the sitting position. Urology. 2008. ScienceDirect, pii S0090429507023813.
- Which voiding position is associated with lowest flow rates in healthy adult men? Role of natural voiding position. 2010. PMID 19634168.





