Il y a une consultation que tout urologue connaît bien, et qui ne ressemble à aucune autre. Un homme de 48 ans, parfois 45, en pleine activité professionnelle, avec de jeunes enfants, s’assied en face de vous avec un compte rendu de biopsies qui porte le mot « cancer ». Sa première phrase est presque toujours la même : « je ne savais même pas que c’était possible à mon âge ».
Oui, c’est possible. Et non, ce n’est pas une anomalie. C’est même un cas de figure qui n’a rien de rarissime : aux États-Unis, plus de 10 % des nouveaux diagnostics de cancer de la prostate concernent des hommes de 55 ans ou moins. En France, la situation est comparable en proportion, et l’incidence chez les hommes de moins de 50 ans a augmenté de façon continue depuis la fin des années 1980 — une hausse qui doit beaucoup à la diffusion du dosage du PSA, mais qui traduit aussi une réalité clinique que nous rencontrons toutes les semaines.
L’exception, elle, existe vraiment : le cancer de la prostate diagnostiqué avant 45 ans, et surtout avant 40 ans, reste rare. Il est possible, je l’ai vu, il se rencontre — un cas de cancer de grade 5 chez un homme de 35 ans a été publié dans la littérature en 2023 — mais il n’est pas ce qu’un clinicien doit attendre par défaut. Ce qui est fréquent, c’est le patient entre 45 et 55 ans. Et c’est à lui que cet article s’adresse.
Mon message, que je veux poser d’entrée de jeu, tient en deux phrases. Chez l’homme jeune relevant d’un traitement curatif, la chirurgie est le premier choix à discuter. Non par habitude, non par préférence personnelle, mais parce que c’est, dans cette population précise, l’option qui offre au même moment le meilleur contrôle à très long terme et la meilleure récupération fonctionnelle. Voyons pourquoi, chiffres à l’appui.
Première idée : le cancer du sujet jeune n’est pas toujours plus agressif, mais il faut le traiter comme tel
Il faut ici séparer deux choses que l’on confond souvent, car la confusion fait peur inutilement.
Statistiquement, les cancers du sujet jeune sont plus souvent favorables. Dans la cohorte de 432 patients de moins de 50 ans publiée par l’équipe de Sydney, 44 % étaient de risque faible, 42 % de risque intermédiaire et seulement 13 % de risque élevé. L’âge médian était de 47 ans, 65,5 % des patients étaient au stade clinique T1, et une histoire familiale de cancer de la prostate était retrouvée chez 39,1 % d’entre eux — un chiffre considérable, sur lequel je reviendrai. Dans la série de Vipul Patel portant sur 2 243 hommes de 55 ans ou moins opérés par robot, 82 % des hommes de 45 ans ou moins avaient une maladie organo-confined, et 41 % un cancer de Gleason 6 à l’histologie définitive.
Mais lorsque le cancer du sujet jeune est agressif, il est réellement plus agressif. C’est le point qui justifie une vigilance particulière et une décision thérapeutique sans compromis. Une cohorte taïwanaise portant sur 28 039 patients a montré que les hommes de 54 ans ou moins atteints d’une maladie à haut risque, très haut risque ou métastatique avaient une mortalité spécifique supérieure de 22 % à celle des hommes de 60 à 69 ans (rapport de risque 1,22). Le même travail montre qu’ils étaient, parmi toutes les tranches d’âge, ceux qui recevaient le plus souvent un second traitement dans les 180 jours suivant le traitement initial (rapport de risque 1,32). Une revue de référence dans Nature Reviews Urology le formule autrement : parmi les hommes porteurs d’un cancer de haut grade ou de stade avancé, ceux diagnostiqués jeunes ont une mortalité spécifique plus élevée que ceux diagnostiqués plus tard, à l’exception des hommes de plus de 80 ans — ce qui suggère de véritables différences biologiques entre cancer à début précoce et cancer à début tardif.
Autrement dit : chez le sujet jeune, l’enjeu n’est pas la fréquence du cancer agressif, c’est la conséquence qu’il a. Un cancer agressif à 48 ans dispose de trente à quarante années pour évoluer. C’est ce qui rend la question thérapeutique à la fois plus urgente et plus exigeante — mais aussi, nous allons le voir, plus favorable.
Les chiffres de la chirurgie : ce que l’on observe réellement avant 55 ans
Commençons par les résultats oncologiques, et par une étude publiée en 2025 dans Archivio Italiano di Urologia e Andrologia. Elle compare 26 patients de 55 ans ou moins à des patients plus âgés, tous opérés. La survie sans récidive biochimique à cinq ans était de 96,2 % chez les hommes jeunes contre 81,5 % chez les plus âgés. Le résultat est spectaculaire, et il faut immédiatement en donner la raison : les hommes jeunes de cette série avaient davantage de tumeurs localisées, un risque D’Amico plus faible et un grade de Gleason anatomopathologique moins élevé. Ils étaient mieux opérés parce que diagnostiqués à un stade où l’intervention peut être complète.
Mais la donnée la plus parlante — celle que je cite le plus volontiers en consultation — vient de la cohorte australienne des 432 patients de moins de 50 ans. Après prostatectomie radicale, réalisée chez 78,4 % d’entre eux (339 patients), les taux de récidive biochimique à cinq ans étaient de :
7,8 % pour les cancers de risque faible ;
15,3 % pour les cancers de risque intermédiaire ;
23,3 % pour les cancers de risque élevé.
Ces trois chiffres sont inférieurs aux prédictions du modèle de D’Amico et aux valeurs observées chez des patients plus âgés appariés sur le score de propension. Retenez bien ce point, car il est contre-intuitif : à risque égal, un homme de moins de 50 ans opéré récidive moins qu’un homme plus âgé. Sur un suivi médian de 65 mois, seulement 0,4 % de cette cohorte est décédé du cancer de la prostate.

ChIrurgie robot-assistée.
Et pour les patients de risque faible — car il est essentiel de ne pas opérer tout le monde — 74 d’entre eux ont été surveillés activement, et seulement 17,6 % (13 patients) ont nécessité un traitement radical après un suivi médian de 46 mois. La surveillance active est donc une option sûre chez le jeune de risque faible, et son résultat anatomopathologique final ne différait pas significativement de celui des patients opérés d’emblée. Il faut le dire haut et fort : le message « chirurgie en priorité » ne signifie pas « chirurgie pour tous ».
Continence et érection : les chiffres que l’âge change réellement
C’est ici que la chirurgie chez le sujet jeune se distingue le plus nettement, et c’est probablement l’argument le plus important pour ce patient précis. La raison est anatomique : chez un homme jeune, la prostate est plus petite, le plan de clivage plus net, et surtout la préservation des bandelettes neurovasculaires est techniquement plus souvent possible. Ce n’est pas une impression clinique, c’est un fait mesuré.
Dans la série de Vipul Patel, la préservation nerveuse bilatérale complète était réalisée chez 74 % des hommes de 45 ans ou moins contre 56 % de ceux de 51 à 55 ans. Et cette différence se traduit directement dans la récupération fonctionnelle :
Taux de trifecta à un an — continence, puissance et absence de récidive réunis : 79,8 % chez les hommes de 45 ans ou moins, 71,6 % chez les 46-50 ans, 63,9 % chez les 51-55 ans.
Sur la continence, les chiffres sont peut-être les plus rassurants de toute la littérature. Une étude multicentrique prospective australienne, portant sur 5 648 patients opérés par robot et évalués par questionnaires validés, rapporte des taux de continence parfaite, sans aucune protection, à un an de :
86 % chez les hommes de moins de 55 ans ;
79 % chez les 55-64 ans ;
68 % chez les 65-74 ans ;
50 % chez les 75 ans et plus.
Et en continence dite sociale — zéro ou une protection par jour — les taux sont de 98 %, 96 %, 92 % et 85 % selon les mêmes tranches d’âge. Autrement dit, dans la tranche qui nous intéresse, 98 % des hommes retrouvent une continence socialement satisfaisante à un an. Le retentissement subjectif suit la même pente : seulement 4,2 % des moins de 55 ans se déclarent modérément ou fortement gênés par des fuites, contre 12,9 % des plus de 75 ans.
Sur l’érection, les données sont plus nuancées — et je préfère vous donner les chiffres réels plutôt qu’un optimisme de façade. Une étude canadienne portant sur 542 patients ayant bénéficié d’une préservation nerveuse bilatérale, avec une fonction érectile préopératoire normale, rapporte des taux de récupération de la puissance de :
64,2 % à un an et 77,9 % à trois ans chez les hommes de 54 ans ou moins ;
52,3 % et 67,0 % chez les 55-59 ans ;
36,6 % et 50,5 % chez les 60-64 ans ;
20,7 % et 35,0 % chez les 65 ans et plus.
Un détail qui compte pour un homme de 48 ans : le délai médian de récupération de la puissance était de 199 jours chez les moins de 54 ans, contre 340 jours dans le groupe suivant et 853 jours au-delà de 60 ans. Chez le sujet jeune, la récupération est non seulement plus fréquente, mais nettement plus rapide. Une méta-analyse de récupération de la fonction érectile confirme la tendance : 77 % chez les patients de moins de 60 ans contre 58 % au-delà. L’âge est le premier déterminant, devant le type de préservation nerveuse.
Génétique : le point que l’on ne doit jamais manquer
C’est ici que se joue une responsabilité clinique propre au sujet jeune, et elle est trop souvent négligée.
Rappelez-vous le chiffre de la cohorte australienne : 39,1 % des hommes de moins de 50 ans avaient une histoire familiale de cancer de la prostate. C’est très au-dessus de ce qu’on observe en population générale, et cela traduit une composante héréditaire forte du cancer à début précoce. La littérature le formule sans détour : le cancer de la prostate à début précoce présente une composante génétique marquée, ce qui signifie que ces hommes bénéficient d’une évaluation du risque génétique.
Les recommandations ont suivi. En 2025, le NCCN a intégré le cancer de la prostate dans ses critères d’évaluation héréditaire — les guidelines dites « BOP » sont devenues « BOPP », le P final désignant la prostate. La recommandation est explicite : un bilan génétique doit être envisagé chez tout patient dont le cancer de la prostate est diagnostiqué avant 55 ans, indépendamment du stade clinique. Le bilan doit par ailleurs être proposé en cas de maladie à haut risque ou très haut risque localisée, localement avancée ou métastatique d’emblée, ou en présence d’une histoire familiale évocatrice.
Pourquoi est-ce important, concrètement, pour ce patient de 48 ans ? Pour trois raisons très différentes.
Parce que certains gènes changent le pronostic. Le gène BRCA2 est associé au risque relatif le plus élevé de cancer de la prostate — jusqu’à 5 fois celui de la population générale, avec un risque cumulé sur la vie de 20 % à 60 %. Les porteurs de BRCA2 ont des tumeurs de grade plus élevé, plus de métastases et une survie diminuée. HOXB13 confère un risque jusqu’à 3 fois supérieur (risque cumulé de 30 % à 60 %), sans association démontrée à l’agressivité.
Parce que cela change le traitement. Chez les porteurs de BRCA2 ou BRCA1 atteints d’une maladie métastatique, les inhibiteurs de PARP sont une option thérapeutique ciblée, et des essais de PARP néoadjuvant sont en cours. Ce n’est plus de la génétique contemplative : c’est de la médecine de précision.
Parce que cela change la famille. Un résultat positif justifie d’en informer les apparentés — frères, fils — et de leur proposer un dépistage adapté. Chez un porteur de BRCA2, les recommandations actuelles prévoient un dosage annuel du PSA dès l’âge de 40 ans. Une consultation de génétique oncologique, pour ce patient, c’est un acte de médecine préventive qui concerne toute une famille, pas seulement lui.
Un dernier point de responsabilité : les cancers du sujet jeune comprennent plus souvent des formes héréditaires, mais ils comprennent aussi des formes liées à des facteurs acquis. L’usage de stéroïdes anabolisants, fréquent chez certains hommes jeunes en pratique sportive intensive, est un sujet émergent pour lequel les données épidémiologiques restent insuffisantes pour conclure à ce jour. Je préfère le dire honnêtement plutôt que d’affirmer ce que la science n’a pas encore établi : la question mérite d’être posée en consultation, pas d’être tranchée dans un article de blog.
Vision à long terme : ce qui décide vraiment pour un homme jeune
Voici l’argument de fond, celui qui pèse peut-être plus lourd que tous les autres dans la balance.
Premièrement, le risque de récidive ne s’arrête pas à dix ans. Une étude suédoise portant sur 6 675 patients opérés a montré que la survie sans récidive biochimique était de 83 % à cinq ans, 75 % à dix ans et 69 % à quinze ans — le risque persistant jusqu’à vingt ans après la chirurgie. Une autre série allemande, sur 10 310 patients, rapporte un taux de récidive estimé à 34,3 % à dix ans, 44,0 % à quinze ans et 52,7 % à vingt ans. Et chez ceux qui n’avaient aucune récidive à dix ans, 17 % en développaient une avant vingt ans. Le suivi doit donc durer aussi longtemps que l’espérance de vie le justifie — ce qui, à 48 ans, veut dire toute la vie.
Deuxièmement, la récidive est d’autant plus grave qu’elle survient tôt. Les données suédoises sont formelles : le risque de progression après récidive biochimique était le plus élevé chez les patients dont la récidive survenait dans les deux ans suivant la chirurgie. Chez le sujet jeune, l’enjeu est donc double : obtenir un contrôle initial aussi complet que possible, et surveiller longtemps.
Troisièmement, la chirurgie laisse la porte ouverte. C’est un point que j’insiste pour expliciter en consultation, car il est souvent mal compris. Après une prostatectomie, si le PSA remonte, une radiothérapie de sauvetage — aujourd’hui très efficace et bien tolérée — reste disponible, associée ou non à une hormonothérapie. Le patient jeune dispose donc d’une deuxième, et parfois d’une troisième ligne de traitement. À l’inverse, la radiothérapie initiale consomme sa première cartouche, et un échec local après irradiation rend le rattrapage chirurgico-technique difficile voire souvent impossible et beaucoup plus morbide.

opération chirurgical robot assistée
Quatrièmement, et c’est l’argument propre à l’homme jeune : le risque de cancer secondaire. Le sujet a été étudié spécifiquement dans cette tranche d’âge. Une analyse portant sur 150 915 hommes de 65 ans ou moins traités par chirurgie ou radiothérapie montre que les hommes irradiés présentent une incidence significativement augmentée de second cancer de la vessie (ratio d’incidence ajusté de 2,09 pour la radiothérapie externe, 1,91 pour la curiethérapie) et de cancer du rectum (1,58 pour la radiothérapie externe). Une autre étude sur 569 167 cancers de la prostate confirme une incidence accrue de seconds cancers de 1,8 % contre 1,1 % à vingt-cinq ans, et surtout précise que l’impact sur la survie d’un cancer secondaire est plus marqué chez les patients jeunes. Il faut être rigoureux : le risque absolu reste faible, et les techniques de radiothérapie hautement conformationnelles ne semblent pas l’augmenter par rapport à la chirurgie. Mais pour un homme qui a quarante ans devant lui, cette donnée compte, et elle doit être mise dans la balance de façon loyale — pas passée sous silence, pas dramatisée non plus.
Cinquièmement, la radiothérapie en situation de rattrapage n’a pas dit son dernier mot non plus. Une méta-analyse publiée en 2026, poolant cinq essais randomisés et 4 536 patients, confirme que l’ajout d’une hormonothérapie à la radiothérapie de sauvetage améliore la survie sans progression biochimique (rapport de risque 0,57), la survie sans progression (0,58) et la survie sans métastase (0,82). Et l’essai SHARE montre qu’un schéma hypofractionné est équivalent au schéma conventionnel : survie sans progression biochimique à quatre ans de 80,1 % contre 78,1 %, survie sans métastase de 91,7 % contre 91,0 %, survie spécifique de 100 % dans les deux bras. La chirurgie d’abord, ce n’est donc pas renoncer à la radiothérapie : c’est se la garder en réserve, dans les meilleures conditions.
Chez un homme jeune sans enfant, la prostatectomie permet de réaliser un prélèvement de sperme avant l’intervention et de préserver la fertilité — la radiothérapie pelvienne et les hormonothérapies altèrent durablement la spermatogenèse. C’est un argument que le patient n’ose pas toujours formuler, et qu’il appartient au clinicien d’aborder.
Pourquoi la chirurgie, concrètement, chez le sujet jeune relevant d’un traitement curatif
Reprenons les arguments, dans l’ordre de leur poids.
Le contrôle histologique. Seule la chirurgie donne l’anatomopathologie définitive de la pièce : le stade pathologique exact, le grade précis, le statut des marges, l’atteinte ganglionnaire réelle. Ces informations conditionnent l’ensemble des décisions ultérieures. Chez le sujet jeune, où la stratégie doit être pilotée sur quarante ans, cette information est précieuse.
La récupération fonctionnelle. Préservation nerveuse bilatérale possible chez 74 % des moins de 45 ans ; continence parfaite à un an chez 86 % des moins de 55 ans, continence sociale chez 98 % ; récupération de la puissance chez 77,9 % des moins de 54 ans à trois ans, avec un délai médian de 199 jours. Aucun autre traitement curatif ne restitue à ce niveau.
La réversibilité stratégique. La radiothérapie de sauvetage reste disponible, efficace et conforme aux recommandations en cas de récidive. On ne brûle aucune cartouche.
L’absence de risque de cancer secondaire radio-induit. Un critère qui ne pèse presque pas à 70 ans, mais qui devient réel à 48.
La préservation de la fertilité, par prélèvement spermatique préopératoire.
Je dois toutefois être honnête sur les limites de cet argumentaire, parce que la confiance d’un patient se construit sur la rigueur. Les études citées comportent un biais de sélection : les hommes jeunes qui sont opérés sont ceux dont la tumeur est opérable, et les patients plus jeunes tolèrent mieux l’intervention. Une partie de l’avantage fonctionnel observé reflète cette sélection, pas seulement l’âge. Par ailleurs, environ un tiers des patients de 55 ans ou moins opérés par robot présentent une maladie localement avancée (pT3 ou plus) à l’examen de la pièce, et 22 % un Gleason 4+3 ou plus. La chirurgie chez le sujet jeune n’est donc pas une promenade de santé : c’est une intervention exigeante, dans une maladie qui est parfois plus avancée que prévu. C’est précisément pourquoi elle doit être réalisée par une équipe expérimentée, avec un curage ganglionnaire adapté et une stratégie de rattrapage anticipée dès la consultation initiale.

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En pratique : sept repères pour le patient de moins de 55 ans
Un cancer de la prostate à 45 ans est possible, même s’il reste rare. Avant 40 ans, il est exceptionnel. Entre 45 et 55 ans, c’est un cas de figure régulier. Ne laissez aucune gêne vous empêcher de consulter si vous avez des symptômes urinaires ou des antécédents familiaux.
Si vous avez un antécédent familial de cancer de la prostate, parlez-en tôt. Il était présent chez près de 4 patients jeunes sur 10 dans la plus large cohorte disponible. Le dépistage doit y être discuté plus précocement, en particulier en cas d’antécédent chez un père ou un frère diagnostiqué avant 60 ans.
Un bilan génétique doit être discuté si le diagnostic est posé avant 55 ans. C’est la recommandation NCCN 2025. Il ne change pas seulement votre prise en charge : il concerne aussi vos frères et vos fils.
En cas de maladie localisée de risque faible, la surveillance active est une option sûre. Sur 74 patients jeunes surveillés, seuls 17,6 % ont eu besoin d’un traitement radical. Chirurgie en priorité ne veut pas dire chirurgie systématique.
En cas de maladie significative relevant d’un traitement curatif, la chirurgie est le premier choix à discuter. Pour le contrôle à trente ans, pour la récupération de la continence et de l’érection, et parce qu’elle laisse la radiothérapie disponible en réserve.
Un tiers des patients jeunes opérés ont une maladie plus avancée que prévu sur la pièce. Préparez-vous à cette éventualité, et posez la question de la stratégie de rattrapage avant l’intervention, pas après.
Prévoyez un suivi au long cours. Le risque de récidive persiste jusqu’à vingt ans après l’opération. Un dosage annuel du PSA reste indiqué : à 48 ans, on surveille pour plusieurs décennies.
Un dernier mot, qui est peut-être le plus important de cet article. Recevoir un diagnostic de cancer de la prostate à 48 ans est une injustice, et il n’y a rien de déplacé à le ressentir ainsi. Mais c’est aussi, statistiquement, l’une des situations les plus favorables de toute l’urologie oncologique : un cancer découvert tôt, dans un organisme jeune, avec une chirurgie capable d’enlever la maladie dans la même séance et une fonction urinaire et sexuelle qui revient dans la grande majorité des cas. Sur 432 hommes de moins de 50 ans suivis en médiane plus de cinq ans, 0,4 % sont décédés du cancer de la prostate. Ce n’est pas de l’optimisme de circonstance : c’est ce que montrent les données. Et c’est ce que je souhaite que vous reteniez en sortant de cette consultation.
FAQ
1. Peut-on avoir un cancer de la prostate à 45 ans ?
Oui, c’est possible, même si cela reste rare. Le cancer de la prostate survient très exceptionnellement avant 40 ans — un cas de cancer de grade 5 chez un homme de 35 ans a été publié dans la littérature — mais entre 45 et 55 ans, c’est un cas de figure régulier. Aux États-Unis, plus de 10 % des nouveaux diagnostics concernent des hommes de 55 ans ou moins, et l’incidence chez les moins de 50 ans a augmenté de façon continue depuis la fin des années 1980.
2. La chirurgie est-elle le meilleur choix chez un homme jeune ?
Dans la majorité des cas relevant d’un traitement curatif, oui. Trois raisons se conjuguent. La récupération fonctionnelle y est nettement supérieure : 98 % des hommes de moins de 55 ans retrouvent une continence sociale à un an, et 77,9 % des moins de 54 ans récupèrent leur puissance à trois ans, contre 35 % au-delà de 65 ans. Le contrôle à long terme est excellent : après prostatectomie, la récidive biochimique à cinq ans est de 7,8 % pour les risques faibles, 15,3 % pour les risques intermédiaires et 23,3 % pour les risques élevés — des taux inférieurs aux prédictions des modèles. Enfin, la radiothérapie de sauvetage reste disponible en cas de récidive : on ne brûle aucune cartouche thérapeutique.
3. Récupère-t-on vraiment sa continence et son érection après une prostatectomie à 50 ans ?
Les chiffres sont rassurants, avec des nuances selon la fonction. Pour la continence, 86 % des hommes de moins de 55 ans n’ont besoin d’aucune protection à un an, et 98 % ont une continence socialement satisfaisante (zéro ou une protection par jour). Seuls 4,2 % se déclarent modérément ou fortement gênés par des fuites. Pour l’érection, tout dépend de la préservation des bandelettes nerveuses, possible chez 74 % des hommes de 45 ans ou moins. En cas de préservation bilatérale complète et de fonction érectile normale avant l’opération, la puissance revient chez 64,2 % des moins de 54 ans à un an et 77,9 % à trois ans, avec un délai médian de 199 jours — nettement plus rapide qu’à 65 ans, où il atteint 853 jours.
4. Faut-il faire un test génétique quand le cancer survient avant 55 ans ?
Oui, cela doit être discuté. Les recommandations du NCCN ont été mises à jour en 2025 : un bilan génétique doit être envisagé chez tout patient dont le cancer de la prostate est diagnostiqué avant 55 ans, quel que soit le stade. La raison est que le cancer à début précoce a une composante héréditaire forte — une histoire familiale était retrouvée chez 39,1 % des hommes de moins de 50 ans dans la plus large cohorte disponible. Les enjeux sont triples : certains gènes comme BRCA2 (risque multiplié par 5) sont associés à des tumeurs plus agressives et ouvrent droit à des traitements ciblés par inhibiteurs de PARP ; un résultat positif justifie d’informer vos frères et vos fils ; et chez un porteur de BRCA2, le dépistage par PSA est recommandé dès 40 ans.
5. Pourquoi la chirurgie plutôt que la radiothérapie quand on a 48 ans ?
Trois arguments pèsent spécifiquement à cet âge. Le premier est le recul nécessaire : le risque de récidive persiste jusqu’à vingt ans après le traitement, et la chirurgie laisse la radiothérapie de sauvetage disponible en cas de remontée du PSA, alors que l’inverse est plus difficile. Le deuxième est le risque de cancer secondaire radio-induit : chez les hommes de 65 ans ou moins, la radiothérapie pelvienne est associée à une incidence augmentée de cancer de la vessie et du rectum, et l’impact sur la survie d’un cancer secondaire est plus marqué chez les patients jeunes — le risque absolu reste faible, mais il compte sur quarante ans d’espérance de vie. Le troisième est la fertilité : la prostatectomie permet un prélèvement de sperme avant l’intervention, ce que la radiothérapie pelvienne et les hormonothérapies ne permettent pas.
Références
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