Vous venez de vivre une colique néphrétique — cette douleur intense, brutale, qui vous a probablement conduit aux urgences. Le scanner a révélé un calcul coincé dans votre uretère. Et maintenant, la question se pose : faut-il opérer, ou peut-on attendre que le calcul sorte tout seul ?
Bonne nouvelle : dans de nombreux cas, le calcul peut s’expulser spontanément. Et certains médicaments peuvent aider à accélérer ce processus. C’est ce qu’on appelle le traitement médical expulsif (TME). Faisons le point sur ce que dit la science.
Rappel : qu’est-ce qu’un calcul urétéral ?
Un calcul urétéral est une « pierre » (lithiase) qui s’est formée dans le rein et qui a migré dans l’uretère — le canal qui relie le rein à la vessie.
L’uretère est un tube fin (3-4 mm de diamètre) et musculaire. Quand un calcul s’y engage, il peut se coincer, bloquer partiellement ou totalement l’écoulement de l’urine, et provoquer une colique néphrétique : cette douleur intense dans le flanc ou le bas du dos, souvent accompagnée de nausées et d’agitation.
Les trois zones de rétrécissement
L’uretère présente trois zones naturellement plus étroites où les calculs ont tendance à se bloquer :
- La jonction pyélo-urétérale (sortie du rein)
- Le croisement des vaisseaux iliaques (au niveau du bassin)
- La jonction urétéro-vésicale (entrée dans la vessie) — c’est l’uretère distal ou « bas uretère »
Plus le calcul est proche de la vessie (uretère distal), plus les chances d’expulsion spontanée sont élevées.
L’expulsion spontanée : quelles chances ?
Tous les calculs urétéraux ne nécessitent pas une intervention chirurgicale. Beaucoup s’expulsent naturellement, mais les chances dépendent essentiellement de la taille et de la localisation du calcul.
Taux d’expulsion spontanée selon la taille
| Taille du calcul | Taux d’expulsion spontanée |
|---|---|
| < 4 mm | 80-90 % |
| 4-5 mm | 50-70 % |
| 5-7 mm | 25-50 % |
| > 7 mm | < 20 % |
Influence de la localisation
- Uretère proximal (haut) : expulsion plus difficile, délai plus long
- Uretère distal (bas) : expulsion plus facile et plus rapide
Un calcul de 4 mm situé près de la vessie a d’excellentes chances de sortir tout seul. Un calcul de 8 mm en haut de l’uretère aura probablement besoin d’une intervention.
Le traitement médical expulsif : de quoi s’agit-il ?
Le traitement médical expulsif (TME) consiste à utiliser des médicaments pour :
- Accélérer l’expulsion du calcul
- Réduire la douleur liée à la migration
- Diminuer le nombre de crises de colique néphrétique
L’idée est simple : plutôt que d’attendre passivement, on donne un « coup de pouce » pharmacologique pour faciliter le passage du calcul.
Les médicaments utilisés
Les alpha-bloquants sont les médicaments les plus étudiés, notamment la tamsulosine (Omix, Mecir, Josir…).
Ces médicaments, initialement développés pour traiter les troubles urinaires liés à l’hypertrophie de la prostate, ont un effet relaxant sur les fibres musculaires lisses de l’uretère. En relâchant la paroi urétérale, ils :
- Diminuent les spasmes douloureux
- Facilitent la progression du calcul
- Accélèrent son expulsion
Les corticoïdes ont également été étudiés (pour réduire l’œdème autour du calcul), mais leur bénéfice est moins clairement établi.
Ce que disent les études récentes
Le TME a fait l’objet de nombreuses études au cours des vingt dernières années, avec des résultats parfois contradictoires. Faisons le point sur les données les plus solides.
L’étude Ye et al. (2017) : 3296 patients
C’est l’une des études les plus importantes sur le sujet. Cet essai clinique multicentrique, randomisé, en double aveugle contre placebo, a inclus 3296 patients dans 30 centres hospitaliers.
Les critères d’inclusion :
- Patients de 18 à 60 ans
- Calcul de l’uretère distal (bas uretère) de 4 à 7 mm
- Colique néphrétique confirmée par imagerie
- Absence de complication (fièvre, sepsis, insuffisance rénale)
Le protocole :
- Groupe 1 : tamsulosine 0,2 mg/jour pendant 28 jours maximum
- Groupe 2 : placebo
- Tous les patients pouvaient prendre du diclofénac si besoin pour la douleur
- Suivi hebdomadaire par scanner
Les résultats principaux :
| Critère | Tamsulosine | Placebo | Différence |
|---|---|---|---|
| Taux d’expulsion à 28 jours | 86 % | 79 % | +7 % (p < 0,001) |
| Délai moyen d’expulsion | 148 heures (6 jours) | 249 heures (10 jours) | -4 jours |
| Consommation d’antalgiques | 89 mg de diclofénac | 236 mg | -147 mg |
En analyse de sous-groupe :
- L’effet de la tamsulosine était particulièrement marqué pour les calculs de plus de 5 mm (HR = 2,05)
- Pas de différence significative selon l’âge, le sexe ou le côté du calcul
Conclusion des auteurs : La tamsulosine améliore significativement le taux et le délai d’expulsion des calculs du bas uretère, particulièrement pour les calculs de plus de 5 mm.
L’étude Pickard et al. (2015) : un résultat différent
Cette étude britannique, également de grande envergure (1167 patients), n’avait pas trouvé de bénéfice de la tamsulosine par rapport au placebo.
Pourquoi cette différence ? Plusieurs hypothèses :
- Population différente : l’étude Pickard incluait des calculs de toutes localisations (pas seulement le bas uretère)
- Taille des calculs : davantage de petits calculs (< 5 mm) qui s’expulsent de toute façon facilement
- Suivi moins rigoureux : pas de scanner hebdomadaire
L’étude Furyk et al. (2016) : confirmation du bénéfice pour les gros calculs
Cette étude australienne (403 patients) a confirmé que le bénéfice de la tamsulosine était surtout marqué pour les calculs de plus de 5 mm situés dans le bas uretère.
Ce qu’on retient aujourd’hui
Les méta-analyses récentes et les recommandations des sociétés savantes (EAU, AFU) convergent :
- La tamsulosine est efficace pour les calculs du bas uretère de 5 à 10 mm
- Le bénéfice est moins net pour les petits calculs (< 5 mm) qui s’expulsent souvent spontanément
- Le TME n’est pas recommandé pour les calculs du haut uretère (données insuffisantes)
En pratique : qui peut bénéficier du TME ?
Les bonnes indications
Le traitement médical expulsif est une option raisonnable si vous présentez :
- Un calcul de l’uretère distal (bas uretère, proche de la vessie)
- Une taille de 5 à 10 mm (les petits calculs sortent souvent seuls, les gros nécessitent généralement une intervention)
- Pas de signe de complication : pas de fièvre, pas d’infection, pas d’insuffisance rénale
- Douleur contrôlable par les antalgiques habituels
- Un seul rein fonctionnel : dans ce cas, on sera plus prudent et on surveillera de près
Les contre-indications au TME
Il ne faut pas attendre et traiter médicalement si :
- Fièvre ou signes d’infection (pyélonéphrite obstructive = urgence chirurgicale)
- Insuffisance rénale aiguë
- Douleur incontrôlable malgré les antalgiques
- Calcul > 10 mm (très peu de chances d’expulsion spontanée)
- Rein unique avec obstruction complète
- Grossesse (contre-indication relative)
Comment se déroule le traitement ?
Le protocole habituel
Médicaments :
- Tamsulosine 0,4 mg par jour (ou 0,2 mg selon les études) — à prendre le soir pour limiter les effets secondaires
- Anti-inflammatoires (kétoprofène, diclofénac) : pour contrôler la douleur et l’inflammation
- Antalgiques (paracétamol, tramadol) si besoin
Mesures associées :
- Boire normalement (2 litres par jour) — contrairement à une idée reçue, boire énormément n’accélère pas l’expulsion et peut augmenter la douleur en cas d’obstruction
- Filtrer les urines pour récupérer le calcul et l’analyser
- Rester actif : la marche favorise la migration du calcul
Durée :
- On attend généralement 2 à 4 semaines maximum
- Au-delà, le risque de complications (infection, altération du rein) augmente
Le suivi
- Consultation de contrôle à 1-2 semaines
- Imagerie (scanner ou échographie) pour vérifier la position du calcul
- Analyse d’urine si suspicion d’infection
Les effets secondaires de la tamsulosine
La tamsulosine est généralement bien tolérée. Les effets secondaires possibles sont :
- Hypotension orthostatique : sensation de vertige au lever. C’est pourquoi on la prend le soir.
- Éjaculation rétrograde : le sperme est redirigé vers la vessie. C’est temporaire et réversible à l’arrêt du traitement.
- Congestion nasale
- Fatigue
Ces effets disparaissent à l’arrêt du traitement.
Quand faut-il intervenir chirurgicalement ?
Le TME a ses limites. Une intervention chirurgicale (urétéroscopie, lithotritie) sera nécessaire si :
- Le calcul ne s’expulse pas après 4 semaines de traitement
- La douleur reste incontrôlable
- Des signes de complication apparaissent (fièvre, insuffisance rénale)
- Le calcul est trop gros (> 10 mm)
- Le patient le souhaite (certains préfèrent une solution rapide plutôt qu’attendre)
Les techniques modernes (urétéroscopie souple avec laser) sont très efficaces et peu invasives. Il ne faut pas hésiter à y recourir si le TME échoue.
Les questions que vous vous posez
« Dois-je boire énormément pour faire sortir le calcul ? »
Non. Boire 2 litres par jour est suffisant. Boire excessivement peut augmenter la pression en amont du calcul et aggraver la douleur. L’important est de rester bien hydraté, pas de se noyer.
« Combien de temps vais-je avoir mal ? »
La douleur est liée aux spasmes de l’uretère qui essaie de faire progresser le calcul. Elle est typiquement intermittente : crises de quelques heures, puis accalmies. La tamsulosine et les anti-inflammatoires réduisent la fréquence et l’intensité des crises.
« Comment savoir si le calcul est sorti ? »
Idéalement, vous le récupérez en filtrant vos urines. Sinon, l’imagerie de contrôle confirmera son expulsion. Attention : la disparition de la douleur ne signifie pas toujours que le calcul est sorti — il peut s’être déplacé dans une zone moins sensible.
« Que faire du calcul une fois expulsé ? »
Gardez-le ! L’analyse du calcul (spectrophotométrie infrarouge) permet d’identifier sa composition et de mettre en place une prévention adaptée pour éviter les récidives.
Ce qu’il faut retenir
| Point clé | Détail |
|---|---|
| TME efficace | Oui, pour les calculs du bas uretère de 5-10 mm |
| Médicament de référence | Tamsulosine 0,4 mg/jour |
| Gain d’expulsion | +7 % par rapport au placebo |
| Réduction du délai | 4 jours de moins en moyenne |
| Moins de douleur | Consommation d’antalgiques divisée par 2-3 |
| Durée du traitement | 2-4 semaines maximum |
| Quand arrêter et opérer | Échec à 4 semaines, complication, douleur incontrôlable |
Le mot de la fin
Le traitement médical expulsif n’est pas une solution miracle, mais c’est une option validée scientifiquement pour les calculs du bas uretère de taille modérée. La tamsulosine augmente significativement vos chances d’expulser le calcul, accélère le processus, et réduit la douleur.
L’essentiel est de bien sélectionner les patients qui peuvent en bénéficier, de surveiller régulièrement l’évolution, et de ne pas s’obstiner si le calcul ne sort pas dans un délai raisonnable.
Si vous êtes dans cette situation, discutez-en avec votre urologue. Ensemble, nous évaluerons si le TME est adapté à votre cas, ou s’il vaut mieux passer directement à une intervention.
Et n’oubliez pas : une fois le calcul expulsé, la prévention des récidives commence. L’analyse du calcul et un bilan métabolique permettront de mettre en place des mesures adaptées pour éviter que l’histoire ne se répète.





