Calculs urinaires et jeûne (Ramadan / jeûne intermittent) — risques, preuves et conseils pratiques

Introduction Les calculs urinaires (ou lithiase urinaire) sont des dépôts cristallins qui se forment dans les reins ou les voies urinaires. Leur prévalence a augmenté ces dernières décennies dans de nombreuses régions du monde, et ils sont une cause fréquente de douleur intense, d’hospitalisation et de recours aux urgences. La prévention repose beaucoup sur l’hydratation […]

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Introduction

Les calculs urinaires (ou lithiase urinaire) sont des dépôts cristallins qui se forment dans les reins ou les voies urinaires. Leur prévalence a augmenté ces dernières décennies dans de nombreuses régions du monde, et ils sont une cause fréquente de douleur intense, d’hospitalisation et de recours aux urgences. La prévention repose beaucoup sur l’hydratation et des ajustements alimentaires ciblés selon le type de calcul.

Qu’est-ce qu’un calcul urinaire ?

Types et mécanismes Les principaux types de calculs sont : calculs de calcium (surtout calcium-oxalate), calculs d’acide urique, calculs de phosphate de calcium, et calculs de cystine (plus rares). Les calculs se forment quand l’urine devient sursaturée en sels minéraux (calcium, oxalate, acide urique, phosphate) qui cristallisent au lieu d’être éliminés. La composition de l’urine (volume, pH, niveaux de citrate, sodium, urée) et des facteurs métaboliques et alimentaires déterminent le risque.

Rôle central de l’hydratation dans la prévention

La mesure préventive la plus simple et la plus efficace pour réduire le risque de formation et de récidive des calculs est d’augmenter l’apport hydrique pour diluer l’urine. Les recommandations usuelles pour les personnes sujettes aux calculs sont d’atteindre une production urinaire d’au moins ~2 litres par jour (ce qui exige typiquement 2–3 litres ou plus d’apport hydrique selon la transpiration, la température, l’activité). Une urine claire ou de couleur paille indique en général une hydratation adéquate. L’augmentation du volume urinaire réduit la « sursaturation » des sels responsables des calculs et diminue la récidive.

Alimentation et autres mesures de prévention

Les recommandations diététiques générales (à adapter selon le type de calcul et le bilan métabolique) incluent :

  • Réduire le sel (sodium) : une forte consommation de sodium augmente l’excrétion urinaire du calcium.
  • Consommer une quantité adéquate de calcium alimentaire (ne pas supprimer totalement le calcium de l’alimentation) : le calcium alimentaire fixé aux repas limite l’absorption d’oxalate.
  • Modérer les apports en protéines animales (viande rouge, certains poissons) : trop de protéines augmente l’excrétion de calcium et diminue le citrate urinaire.
  • Augmenter les aliments riches en citrate (citrons, oranges) ou ajouter du citron pressé dans l’eau : le citrate est un inhibiteur naturel de la cristallisation.
  • Éviter une consommation excessive d’aliments très riches en oxalate (épinards, certaines noix, betteraves) si vous faites des calculs calcium-oxalate, mais associer ces aliments à un apport en calcium alimentaire pour diminuer l’absorption de l’oxalate.

Jeûne (Ramadan) : que dit la littérature ?

Le jeûne du Ramadan implique l’abstinence de nourriture et de boisson pendant la journée, pour des périodes qui varient selon la saison et la latitude (pouvant dépasser 15 heures dans certaines régions). Intuitivement, priver l’organisme d’eau pendant la journée pourrait augmenter le risque de formation de calculs en concentrant l’urine. Cependant, la littérature est mitigée. Une revue systématique qui a évalué plusieurs études (comprenant des études sur le Ramadan et d’autres schémas de jeûne) conclut qu’il existe des preuves limitées suggérant que le jeûne augmente le risque de formation de calculs ; la plupart des études sur le Ramadan n’ont pas montré d’augmentation nette de l’incidence globale, bien que certaines observations signalent des pics d’admissions pour coliques néphrétiques au début du Ramadan ou dans des conditions climatiques chaudes. En somme : les données ne permettent pas d’affirmer de façon unanime qu’un jeûne religieux comme le Ramadan augmente le risque pour tous, mais le risque paraît modulé par la durée du jeûne, la température ambiante, l’hydratation pendant les heures sans jeûne et les antécédents individuels.

Études et observations cliniques

Certaines études rétrospectives montrent une hausse des admissions pour colique néphrétique pendant certaines périodes du Ramadan, surtout si le Ramadan tombe en mois chauds et/ou si les heures de jeûne sont longues. D’autres études n’ont pas trouvé de différence significative entre Ramadan et les autres mois. Les variations peuvent s’expliquer par les différences climatiques locales, les habitudes alimentaires à l’iftar/suhoor, et le fait que beaucoup de personnes compensent en buvant suffisamment la nuit.

Jeûne intermittent (time-restricted feeding) et risque lithiasique

Le jeûne intermittent (ex. 16:8, 18:6, ou 24h alternés) est de plus en plus populaire pour la perte de poids et le métabolisme. Les études sur l’effet du jeûne intermittent sur la santé rénale sont encore en développement ; certaines montrent des bénéfices métaboliques (perte de poids, amélioration de la résistance à l’insuline), mais peu d’études se sont focalisées spécifiquement sur le risque de calculs urinaires. Théoriquement, tout schéma de jeûne qui réduit l’apport hydrique total ou provoque une déshydratation relative peut augmenter le risque lithiasique, tandis qu’un jeûne bien géré (apports hydriques répétés pendant la fenêtre d’alimentation) peut limiter ce risque. La preuve actuelle est insuffisante pour conclure que le jeûne intermittent augmente le risque de calculs chez les personnes saines, mais la prudence est recommandée chez les personnes ayant des antécédents de calculs ou une maladie rénale.

Conseils pratiques pour jeûneurs (Ramadan ou intermittent) — prévention et bonnes pratiques

  1. Viser une hydratation suffisante pendant les heures sans jeûne : l’objectif est d’obtenir au moins ~2 litres d’urine par jour si vous êtes sujet aux calculs (ajuster à la hausse en cas de chaleur ou d’effort). Pour beaucoup de personnes, cela signifie consommer 2–3 litres (ou plus selon besoin) de liquides entre l’iftar et le suhoor dans le Ramadan, ou dans la fenêtre d’alimentation pour le jeûne intermittent. Répartissez l’apport (par ex. 2 grandes bouteilles de 1 L entre iftar et suhoor), plutôt que de boire de grandes quantités en une seule fois.
  2. Privilégier l’eau et les boissons riches en citrate : ajoutez du citron pressé à l’eau (ou buvez un jus d’orange au moment du suhoor/iftar) pour augmenter le citrate urinaire, inhibiteur de la cristallisation. Limitez les boissons sucrées et très salées (souvent consommées à l’iftar) qui favorisent le risque.
  3. Adapter l’alimentation : réduire le sel, éviter les excès de protéines animales, maintenir un apport alimentaire normal en calcium (mais éviter suppléments de calcium non indiqués), et surveiller les aliments riches en oxalate selon vos antécédents. Un régime de type DASH ou méditerranéen est souvent conseillé pour réduire le risque.
  4. Surveiller les signes de déshydratation et de colique : faiblesse, vertiges, urine très concentrée, diminution nette des mictions, ou douleur lombaire intense/coliques avec hématurie. En cas de douleur intense, fièvre, vomissements persistants ou incapacité à s’hydrater, consulter les urgences.
  5. Personnes à risque élevé — avis médical recommandé : si vous avez des antécédents de calculs rénaux récidivants, une maladie rénale chronique (DFG < 60 ml/min), ou d’autres comorbidités (diabète instable, insuffisance cardiaque où les conseils hydriques diffèrent), consultez votre néphrologue/urologue avant de jeûner. Dans certains cas, le médecin pourra déconseiller le jeûne ou proposer des adaptations (régime, médicaments préventifs comme le citrate, ou surveillance).

Points spécifiques sur les traitements prophylactiques

Pour les patients à risque élevé (récurrence fréquente ou anomalies métaboliques identifiées sur bilan urinaire de 24 h), le médecin peut proposer : prescriptions de citrate (ex. citrate de potassium) pour augmenter le citrate urinaire, médicaments pour réduire l’excrétion calcique, ou traitements spécifiques selon le type de calcul. Ces mesures ne remplacent pas l’importance de l’hydratation et des conseils diététiques.

Conclusion — message pratique

  • Pour la majorité des personnes en bonne santé, jeûner pendant le Ramadan ou pratiquer un jeûne intermittent n’entraîne pas de risque net démontré d’augmentation des calculs urinaires si l’hydratation et l’alimentation sont correctement gérées. Toutefois, le risque est plus élevé si la période de jeûne est longue, s’il fait très chaud, ou si la personne a déjà des antécédents de lithiase ou une maladie rénale.
  • Mesures simples et efficaces : boire suffisamment pendant les heures sans jeûne (viser une urine ≥~2 L/jour pour les sujets lithiasiques), répartir les boissons, limiter sel et excès de protéines, ajouter du citron/citrate, et consulter un médecin si antécédents de calculs ou symptômes évocateurs.
Docteur Allan LIPSKER

Docteur Allan LIPSKER

Chirurgien Urologue et Andrologue

Le Dr Allan Lipsker est chirurgien urologue à Paris. Il prend en charge les pathologies de l’appareil urinaire et de l’appareil génital masculin, avec une expertise particulière dans les maladies de la prostate, les troubles urinaires, les calculs urinaires, l’incontinence masculine et la dysfonction érectile.

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