Vous allez bénéficier d’une urétéroscopie souple pour traiter un calcul rénal ou urétéral, et vous vous interrogez sur les risques d’infection ? C’est une question légitime, et je vais y répondre de manière claire et rassurante.
Oui, comme toute intervention chirurgicale, l’urétéroscopie comporte un risque infectieux. Mais ce risque est faible, bien connu, et nous mettons en place de nombreuses mesures pour le prévenir. Et si malgré tout une infection survient, nous savons la prendre en charge efficacement.
L’urétéroscopie souple : rappel de la technique
L’urétéroscopie souple (URSS) est une intervention mini-invasive qui permet d’explorer et de traiter les calculs situés dans le rein ou l’uretère. Un fin endoscope flexible est introduit par les voies naturelles (urètre, vessie, uretère) jusqu’au rein, sans aucune incision.
Une fois le calcul repéré, il est fragmenté au laser puis les fragments sont extraits ou laissés à s’éliminer naturellement.
Les avantages de cette technique :
- Pas d’incision, pas de cicatrice
- Réalisée en ambulatoire (vous rentrez chez vous le jour même)
- Très efficace pour les calculs de taille moyenne
- Récupération rapide
C’est aujourd’hui l’une des interventions les plus pratiquées en urologie pour le traitement des calculs urinaires.
Le risque infectieux : de quoi parle-t-on ?
Les chiffres réels
Selon les études récentes, l’incidence des infections urinaires fébriles après urétéroscopie souple est d’environ 6 %. Autrement dit, sur 100 patients opérés, environ 6 présenteront de la fièvre en lien avec une infection urinaire dans les jours suivant l’intervention.
C’est un chiffre à mettre en perspective :
- La grande majorité de ces infections sont bénignes et se traitent facilement par antibiotiques
- Les infections graves (sepsis) sont rares (< 1 %)
- Avec les mesures de prévention actuelles, ce risque peut être encore réduit
Pourquoi ce risque existe-t-il ?
Plusieurs facteurs expliquent la survenue possible d’une infection :
-
Le contact avec les voies urinaires
L’urétéroscopie implique le passage d’instruments dans l’appareil urinaire. Même si tout est stérile, la manipulation peut favoriser la migration de bactéries présentes dans l’urètre ou la vessie vers le rein.
-
L’irrigation pendant l’intervention
Pour avoir une bonne visibilité, on irrigue les voies urinaires avec du sérum physiologique. Cette irrigation peut augmenter la pression dans le rein et favoriser le passage de bactéries dans la circulation sanguine si des germes sont présents.
-
La présence de matériel endo-urologique
Si vous avez une sonde JJ (sonde double J) en place avant l’intervention, celle-ci peut être colonisée par des bactéries formant un biofilm. Ces bactéries peuvent être libérées lors de la manipulation.
Les facteurs de risque : êtes-vous plus à risque ?
Certains patients ont un risque infectieux plus élevé que d’autres. Les études ont identifié plusieurs facteurs :
Facteurs de risque établis
| Facteur | Risque relatif |
|---|---|
| Sexe féminin | x 2,2 |
| Antécédent d’infection urinaire < 6 mois | x 2,3 |
| ECBU préopératoire polymicrobien | x 4,5 |
| Durée opératoire > 1 heure | Augmente progressivement |
Autres facteurs rapportés
- Score ASA élevé (état général altéré)
- Présence d’une sonde JJ avant l’intervention
- Calculs de struvite (calculs « infectieux »)
- Dilatation chronique des voies urinaires
- Diabète
Si vous présentez un ou plusieurs de ces facteurs, cela ne signifie pas que vous aurez forcément une infection. Cela signifie simplement que nous serons encore plus vigilants et que nous adapterons notre prévention.
Comment prévenons-nous les infections ?
La prévention du risque infectieux est une priorité. Nous mettons en place plusieurs mesures avant, pendant et après l’intervention.
Avant l’intervention
-
L’analyse d’urine (ECBU)
Un examen cytobactériologique des urines (ECBU) est systématiquement réalisé 4 à 10 jours avant l’intervention. Cet examen permet de détecter :
- Une infection urinaire (présence de bactéries + symptômes) → à traiter avant l’intervention
- Une colonisation urinaire (présence de bactéries sans symptômes) → à traiter également
Si votre ECBU montre une infection ou une colonisation, l’intervention sera reportée et un traitement antibiotique sera prescrit. Nous ne vous opérerons qu’une fois les urines stérilisées.
-
Le traitement d’une colonisation
Si des bactéries sont présentes dans vos urines sans symptômes (colonisation), un traitement antibiotique adapté est débuté au moins 48 heures avant l’intervention.
-
Le changement de sonde JJ si besoin
Si vous avez une sonde JJ en place, celle-ci peut être colonisée par des bactéries. Dans certains cas, nous proposons de la changer avant l’intervention, après avoir débuté les antibiotiques.
Pendant l’intervention
-
L’antibioprophylaxie
Une dose unique d’antibiotique est administrée par voie intraveineuse 30 minutes avant le début de l’intervention. C’est ce qu’on appelle l’antibioprophylaxie.
Le protocole standard :
- Céfazoline 2 g en injection intraveineuse
- En cas d’allergie : Gentamicine 5 mg/kg
Cette antibioprophylaxie a prouvé son efficacité pour réduire le risque d’infection postopératoire.
-
L’utilisation d’une gaine d’accès urétérale
Une gaine protectrice est souvent mise en place dans l’uretère pour faciliter les passages répétés de l’urétéroscope. Elle permet de limiter le traumatisme de l’uretère et de maintenir une bonne évacuation du liquide d’irrigation.
-
La limitation de la durée opératoire
Nous savons que le risque infectieux augmente avec la durée de l’intervention. C’est pourquoi nous nous efforçons de limiter la durée à 60 minutes maximum.
Si le calcul est trop volumineux pour être traité en une seule séance, nous préférons programmer une deuxième intervention plutôt que de prolonger excessivement la première.
-
Le matériel stérile
Tout le matériel utilisé est bien sûr stérile. Les urétéroscopes réutilisables subissent une désinfection de haut niveau entre chaque patient. De plus en plus, nous utilisons des urétéroscopes à usage unique, ce qui élimine tout risque de contamination croisée.
Après l’intervention
-
La sonde JJ
Une sonde JJ est souvent laissée en place pour quelques jours à quelques semaines après l’intervention. Elle permet de maintenir un bon drainage du rein pendant la cicatrisation de l’uretère.
-
La surveillance
Vous recevez des consignes claires sur les signes d’alerte à surveiller (voir plus bas).
Que faire si une infection survient ?
Malgré toutes les précautions, une infection peut parfois survenir. L’important est de la reconnaître rapidement et de la traiter efficacement.
Les signes d’alerte
Consultez en urgence si vous présentez dans les jours suivant l’intervention :
- Fièvre > 38,5°C ou frissons
- Douleurs lombaires intenses
- Malaise général, fatigue intense
- Confusion ou désorientation (surtout chez les personnes âgées)
- Urines troubles ou malodorantes
- Nausées, vomissements
Attention : certains symptômes comme les brûlures urinaires ou les envies fréquentes sont normaux après l’intervention (liés à la sonde JJ) et ne signifient pas forcément une infection.
La prise en charge
Si une infection urinaire fébrile est diagnostiquée :
- Hospitalisation si nécessaire
Selon la sévérité, une hospitalisation peut être proposée pour surveillance et traitement intraveineux.
- Antibiothérapie adaptée
Un traitement antibiotique est débuté rapidement, d’abord de manière probabiliste (avant les résultats de l’ECBU), puis adapté au germe identifié.
Les antibiotiques utilisés :
- Pipéracilline-tazobactam ou Ceftriaxone en première intention
- Adaptation selon les résultats de l’antibiogramme
- Durée habituelle : 10 jours
- Changement de la sonde JJ
Si vous avez une sonde JJ en place, celle-ci sera changée 24 à 72 heures après le début des antibiotiques, une fois l’infection contrôlée. La sonde colonisée entretient l’infection et doit être remplacée.
L’évolution
Dans la grande majorité des cas, l’évolution est rapidement favorable sous traitement antibiotique adapté. La fièvre disparaît en 24 à 48 heures, et vous pourrez rentrer à domicile pour terminer le traitement par voie orale.
Les complications graves (sepsis sévère, choc septique) sont exceptionnelles avec une prise en charge rapide et adaptée.
Les questions que vous vous posez
« Dois-je avoir peur de cette intervention ? »
Non. L’urétéroscopie souple est une intervention très sûre, pratiquée quotidiennement dans tous les services d’urologie. Le risque infectieux existe mais reste faible (6 %), et nous mettons tout en œuvre pour le prévenir.
« Puis-je faire quelque chose pour réduire mon risque ? »
Oui, plusieurs choses :
- Signalez tout antécédent d’infection urinaire lors de la consultation préopératoire
- Réalisez l’ECBU dans les délais demandés
- Prenez bien vos antibiotiques si un traitement préopératoire est prescrit
- Buvez suffisamment après l’intervention pour « rincer » les voies urinaires
« Et si j’ai souvent des infections urinaires ? »
Si vous avez des antécédents d’infections urinaires récidivantes, nous en tiendrons compte dans notre stratégie. Nous serons plus vigilants sur le traitement préopératoire et pourrons adapter l’antibioprophylaxie.
« L’intervention peut-elle être annulée à cause d’une infection ? »
Oui, et c’est pour votre sécurité. Si votre ECBU montre une infection non traitée, nous reporterons l’intervention de quelques jours, le temps de stériliser vos urines. Opérer sur des urines infectées augmenterait considérablement le risque de complications.
Ce qu’il faut retenir
| Point clé | Détail |
|---|---|
| Risque d’infection fébrile | Environ 6 % |
| Infections graves | Rares (< 1 %) |
| Prévention | ECBU préopératoire, antibioprophylaxie, durée opératoire limitée |
| Signes d’alerte | Fièvre > 38,5°C, frissons, douleurs lombaires |
| Traitement | Antibiotiques adaptés, changement de sonde JJ si besoin |
| Évolution | Favorable dans la grande majorité des cas |
Le mot de la fin
L’urétéroscopie souple est une intervention efficace et sûre pour traiter vos calculs urinaires. Comme toute chirurgie, elle comporte un risque infectieux, mais celui-ci est faible et bien maîtrisé grâce aux mesures de prévention que nous mettons en place.
Si vous présentez des signes d’infection après l’intervention (fièvre, frissons, malaise), n’hésitez pas à nous contacter rapidement. Une prise en charge précoce permet une guérison rapide et sans séquelles.
Et rassurez-vous : l’immense majorité des patients opérés par urétéroscopie souple ne présente aucune complication infectieuse et rentre à domicile le jour même, avec un calcul en moins !
Cet article est à visée informative et ne remplace pas une consultation médicale. Si vous avez des questions spécifiques sur votre intervention, n’hésitez pas à en parler avec votre urologue.





